UNE SAISON EN ENFER

UNE SAISON EN ENFER d’Arthur Rimbaud.

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Au centre du plateau, une évidence, un cercle, un cratère, un lac, une plate-forme de décollage immédiat, un océan.

Un souffle, un élan, un mystère, on le pressent juste en entrant.

Un homme, mains ouvertes, corps tendu, yeux crevés de lumière, rend l’âme en un chant lointain.

Les mots s’écoulent d’abord lentement, comme issus d’une sève primitive qui prendrait son temps. Puis, au gré des phrases du long poème, au gré des éclairages subtils, un long palabre se met en place. Un long et lent discours de griot africain, un palimpseste de cris d’amour, de tristesse native, de haine et de refrains enfantins qui nous emmène par-delà les montagnes, par-delà les villes et les paysages, par-delà tous les univers, loin, bien loin de la terre, pour aboutir à un creux de lumière sans âge et sans frontière.

Un creux d’or pur, un bain d’où l’on n’aimerait plus sortir vivant.

On en sort pourtant. Étourdi, ébloui, comme renaissant. Et de syllabes en voyelles, d’Éternité tant appelée, on se surprend à marcher dans les pas du poète, échevelé, tous repères emportés dans le sillage du grand bateau doré.

Au fur à mesure du chant, la sueur descend, à chaque mot elle se fait plus profonde et puissante le long du cou de l’artiste (Jean-Quentin Châtelain, magnifique d’humilité et de talent) et nous sombrons avec elle dans cette tension, cette puissance visionnaire du Verbe poétique, revisitée avec force et de sobriété.

Le spectateur est entraîné dans cette cascade inexorable qui fait écho à ses tourments, à ses questionnements les plus intimes. De ceux qui naissent après un grand choc, une grande douleur, à l’approche de nos derniers instants: la valeur, le sens d’une vie, la solitude, les amours, les amis et la présence de cet Absolu qui ne lâche pas le bas de nos pantalons, qui que nous soyons, où que nous soyons, quoi que nous fassions. Ami fidèle, il saura nous retrouver où que nous allions.

La mise en scène, comme toujours impeccable et aiguisée à l’extrême, d’Ulysse Di Gregorio sert cet ardent  poème bien plus que mes mots.

Camille Armana-de-arman (2)

Au Théâtre Le Lucernaire, 53 Rue Notre Dame des Champs jusqu’au 6 Mai 2017 du mardi au samedi à 19h. Réservation au 01 45 44 57 34

Métamorphoses

MÉTAMORPHOSES

d’après OVIDE et les CONTES D’OVIDE

de Ted Hughes.

 

 

Vous qui entrez dans ce théâtre, abandonnez toutes vos références d’étudiants, latinistes (ou pas), abandonnez toute attente, laissez à la porte vos jugements -vous serez libres de les reprendre (ou pas) – en quittant la salle… et ouvrez grands vos yeux, vos oreilles, laissez-vous embarquer dans ces contes tragiques et cruels, reflets de l’orgueil et des passions humaines qui déchirent et écartèlent toutes prémices de vie hors de leurs sentiers.

 

Trois mythes fondateurs nous sont proposés, les acteurs, virtuoses, composent magistralement la ribambelle de personnages  qui les attendent avec leurs frasques leurs outrances, leur tendresse blessée, leur haine, leur naïveté leurs ressentiments. J’en passe et des meilleurs… Le tout dans une langue revivifiée par Ted Hughes, poète anglais et accessoirement mari de Sylvia Plath, la non moins talentueuse poétesse, diariste, nouvelliste, soit dit en passant…

 

Il faut oser, oui il faut oser incorporer Joe Dassin, Jean-Jacques Goldman et Niagara, à ces histoires de feu et d’acier, aller jusqu’à l’excès pour rencontrer une évidence, tailler dans la chair pour souligner l’absurdité de vanités humaines prêtes à se mutiler pour assouvir une faim dévorante…Personnellement, j’ai adoré ce décalage, cette somptueuse dérision, les musiciens-chanteurs-acteurs y ont  déployé royalement leurs talents…

 

 

Oui, nous pouvons être remués par les images ahurissantes que nous renvoient ces miroirs grossissants. Oui, nous sommes atteints dans le tréfonds de nos noirceurs, de nos rancœurs agglomérées toujours prêtes à appuyer sur la gâchette. Prêtes à tout pour ne pas céder une once à « l ’ennemi », celui qui nous révèle trop clairement à nous-mêmes. Flash aveuglant, déstructurant.

 

Alors, prêts pour un décapage ensorcelant ?

Courrez au Théâtre de l’Acquarium du 1er au 26 mars 2017

 

 

 

 

LA VOIX

Suite à un stage centré autour du thème de  la Voix, je choisis de reposter cette vidéo de Chrysalide, qui illustre ce rapt, ce détournement de cours profond, cette perte de voix progressive, une perte de sa voie propre, une perte de son, cernée de musiques. Une perte de soi.

Cette plongée au cœur du non-sens et du « Pourquoi? » traversera le tunnel du cocon duveteux, douloureux, de la chenille tapie dans le nid de sa vie en suspension.Un entracte blanc comme un Antarctique. Glacé, froid, silencieux… et bon.

Par à coups successifs, par erreurs, à tâtons, elle écartera les murs de sa propre prison. Il y aura de fractures, des sorties de route et des abandons d’anciens vestons. Mais, un pas après l’autre, un chemin se trace, inévitable, vers un plus haut Secret.

Chrysa ou le début d’une libération.

Cinq années après ce film, le papillon vole, de plus en plus léger, à la rencontre de son Mystère. Qui englobe tous les sons.

 

 

Portez-vous bene!

Camille

a-de-arman (2)

 

 

VAIANA

Because of you, my girl

Parce que la petite fille de la photo qui court vers l’orage a bien grandi

Parce qu’elle est au coeur de la tempête et des nuages

Parce qu’elle cherche sa route, son Trésor

Dans la foudre et le bruit

En doutant, pleurant, donnant du poing et de la rage

Et des sourires aussi

Comme l’héroïne du film éponyme

Sculpté pour toi.

Venu à point nommé en ces mois gelés.

 

Elle a légitimé ce prénom « étranger » qui faisait tiquer tes maîtres d’école et de Collège.

Ceux du Lycée savent désormais l’écrire et le prononcer sans bafouiller , sans y rajouter un tréma.

Comme elle te ressemble

« jolie mais pas trop cliché »

Pas trop sophistiquée.

Fière et volontaire.

La seule au regard et à la peau ambrée

Ce regard et cette peau du Sud qui te firent tant douter de toi,

Vaiana.

 

Oui comme tu lui ressembles, c’est impressionnant de miracles ce scénario

Comme elle, tu as su réveiller les démons endormis

Comme elle, tu as su t’éclipser pour permettre aux autres de sonder leur coeur et leurs en-vies.

 

Tu as ouvert un chemin, Vaia, une brêche dans les non-dits.

Tu portes au coeur cette transparence des eaux de Là-Bas

-Oui, c’est réellement aussi « bleu » que ça, tu verras.

 

Cette transparence dans laquelle je me baignais sans arrêt

Lorsque je t’attendais

Dont je ne me rassasiais pas.

Tout près de Bora-Bora.

 

Tu portes ces senteurs et cet air d’infini qui ne disparaîssent pas

Même quand le Rêve s’est enfui

Même revenue au « pays »

Même au bout de cette vie d’ici.

 

Quels que soient les coups que tu me portes, tu brises un peu plus la coque, toute cette écorce que je ne n’imaginais même plus porter sur moi .

Tu déchaînes cyclones et tempêtes sous chacun de tes pas

Ils font valser les tôles rouillées de notre histoire et les entraînent loin de nos marae.

 

Alors

Lorsque tout aura cessé

Quand l’océan sera calmé

On se fera un coup de yukulele sous les manguiers de New-York ou de Sibérie, toi et moi

Et jusque tard dans la nuit on dansera, ma belle Princesse,

Vaiana.

 

Camille Arman.

 

TRACER OU LE REGARD DU DE A COUDRE

Ne pas suivre

Eperdument

L’autre

Comme un chien mendiant sa pitance

En  oubliant sa propre Lumière.

 

Tracer sa route

Ne rien reproduire

Créer.

 

Marcher dans la neige fraîche

Sans rails d’aucune sorte

Etre Soi

Sans estampillage.

 

Voguer son  Mystère

En être ébloui

Et le contempler diffracté dans le regard d’un arbre, d’un hérisson ou d’une fleur.

D’un chat, d’un papillon ou d’un enfant.

D’un corbillard, d’un dé à coudre, d’un éléphant.

 

Portez vous bene!

Camillea-de-arman (2)

Arrêtons (tontaine!)

Préambule: Au coeur de toute cette campagne politicienne, saturation face à ces éternels jeux et ressassements qui viennent enfler notre quotidien d’une indigeste pâtée et donc prise de plume instantanée… qui suivra son cours…

 

Arrêtons de passer notre temps devant des écrans (télés, tablettes, ordinateurs…)où une sempiternelle galerie de clowns sinistres(politiciens, journalistes) dissertent sur nos vies à venir, nous remplissent de haines et de peurs, de tremblements et de stupeur, abrégeant nos joies, stoppant nos élans, brisant nos en-vies, distillant une froideur à l’intérieur de ce qu’il nous reste encore de coeur palpitant!

Arrêtons de dire qu’on aime l’autre uniquement le jour de son enterrement.

Arrêtons de dire qu’on aime l’autre juste parce qu’il a fière allure, une belle gueule, un bel habit, de la puissance, de l’entregent. Aimons-le aussi malade, faible, pauvre, vulnérable, vomissant, vieillissant.

Arrêtons de faire semblant de vivre, d’aimer, de parler, d’employer des mots qu’on ne pense pas, de sourire des sourires qui ne sourient pas, d’être sempiternellement hors de soi, de maltraiter l’amour et l’amitié, de nous prostituer pour quelques billets, de feinter toujours, pour épater qui, à la fin du parcours?

Nos selfies grotesques orneront nos suaires tels des masques de Carnaval dégoulinant de creams repulpantes et restrusturantes mêlées de crachats et de larmes.Nos os calcinés se riront de nos liftings. Nos mensonges retomberont en neige noire sur nos candeurs d’enfants.

 

Camille Arman, un jour de janvier de l’an de grâce ..de grâce!..deux-mille dix-sept.