LA MADONE 4

LA MADONE (suite)

Ma douce, ma cruelle, je t’aime crois-moi,
De la façon la plus généreuse,
La plus bienveillante qui soit.
Je ne te touche pas.
Je te protège.
J’ai ton beau visage déjà un peu trop lourd,
Qui va bientôt basculer vers l’assourdissante maturité, brouilleuse de traits,
Ton beau visage de madone languissante en mon coeur gravé.
Et C’est le meilleur que je puisse te donner.
Ta voix éraillée de fumeuse,
Ta voix éraillée et trainante que j’aime,
Se fait encore plus troublante,
Elle se casse, m’implore.
Tes beaux cheveux noirs,
Apprêtés pour la fête,
Se perdent sur tes épaules rondes,
Qui doivent être si douces à caresser,
J’imagine très bien leur velouté, leur odeur Légèrement fade,
Légèrement fruitée..
L’imaginer me suffit.
Me comble aujourd’hui.
Pas besoin de consommer.
Je consomme en poésie.
Elle ne me déçoit jamais.
Pourquoi se compliquer la vie avec la sinistre réalité ?
Pourquoi gâcher ce qui est sacré ?
Mais tu n’es pas de cet avis, je le sais.
Je sais « Le Secret ».
Ton secret.
La tentation de te venir en aide…
Et puis non.
Je sais que tu aimerais que je malmène ma vie avec toi,
Que je me trompe de chemin avec toi,
Que je laisse tomber mes pages pour toi.
Tu n’y verrais alors aucun vice de forme.
Notre amour serait placé sous le regard bienveillant
Des Dieux,
De l’Art et de l’Absolu.
Rien de moins.
Je suis quelqu’un qui gagne à être connue.
Tu y crois.
Mes « naïvetés » deviendraient ce « je ne sais quoi »
Qui fait un style.
Tout serait simple.
Si je t’aimais.
Je savoure les délices de ton amour sans te venir en aide,
Je veux que tu viennes me dire « je t’aime »,
En sachant que pour moi ce sera déjà fini.
Parce que la liberté de ne pas te savoir amoureuse se sera enfuie.
Parce qu’avec cet aveu, tu chargeras mes épaules d’un poids infini
Parce que je me sentirai responsable de ta vie
Parce que toute la douleur du chantage se mettra en route
Parce que je n’aurai qu’une envie : fuir.

SI FRAGILES…mais

La mort est là partout,
Il faudra bien un jour
Qu’on le comprenne,
L’admette,
L’entende,
Afin de sortir de la gangue
De la non-vie,
Dans cette vie même.

La nature nous le dit tout le temps : EPHEMERES
(même le poulpe va mourir dans six mois !)

Faire de chaque jour qui passe un cadeau.
Ne pas s’embrasser qu’au cimetière.
Ne rien sacrifier au conforme.
JAMAIS.
Lutter contre tous les chloroformes..
Résister !

S’efforcer de ne pas offenser
Ce flux qui nous traverse,
Dont nous ne serons jamais
PROPRIETAIRES….

LA MADONE 3

Toujours dans les brumes d’un ailleurs bienfaisant,
Tu vocalises quelques insultes :
J’ai trop parlé avec cette femme, une rivale pour toi.
C’est une sorcière.
Je ne m’en rends pas compte mais
Elle en veut à mon corps, elle en veut à mon âme.
Je te réponds doucement, fermement.
Les mots qui sortent de ma bouche sont accordés à mon âme.
Je n’ai pas crainte de les prononcer.
Parce qu’une force jaillissante m’habite.
Parce qu’Il est devant moi.
Parce que la violente ferveur de notre amour
Eclate
Sous la grande nuit calme de l’hiver.

Je t’écoute me faire une scène,
Un sourire enveloppant dans le regard…
Les sons me parviennent,
Harmonieux,
Le sens s’est envolé
Dans la lumière des phares.
Je divague et te vois tanguer.

Tu poursuis tes dithyrambes.
Inlassable, Dieu que la haine déforme ton visage un peu trop rond de madone…
« Regarde-la c’est une momie. Elle est froide, tu ne vois donc pas ?
Pourquoi perdre ton temps avec elle?
Qu’est-ce que tu veux?
Lui ressembler?
Te dessécher à ton tour?
Fais attention, tu es parfois si froide toi aussi… Tu es en voie de glaciation, bientôt tu vas leur ressembler ! »
Je suis glacée dès que je suis loin de ta lumière, ma sorcière..
Tes taches de rousseur virent au gris.
Derrière les lunettes rondes,
Celles qui te donnent un air intello-coquin qui me plait bien,
Tes yeux s’agitent,
Sans répit.

Je te dis qu’il ne faut pas s’en faire pour moi.
Que le pire appartient au passé.
Que personne ne peut plus me faire de mal.
Qu’une blessure de plus sur une plaie à vif c’est comme un remède, parfois.
Que je ne capte plus que le meilleur de la vie.
Que la souffrance s’inverse en douce nostalgie.

Mais tu ne m’entends pas,
Ne veux surtout rien entendre
D’apaisant…
Toute à ta douleur, (il n’y a que Toi pour moi, selon ta loi)
Tu vomis les mots amers qui te déchirent:

« -Qu’est-ce que tu cherches? C’est quoi ta littérature, ton combat?

Quand on écrit on n’a pas le droit de malmener sa vie.
On ne se compromet pas avec n’importe qui.
Viens avec moi.
Moi je suis à la hauteur, pas lui.

La madone 2

LA MADONE (2)

Loin.
Trop mal, trop fatiguée,
Rien,
Que la solitude,
Hémorragie de solitude
Où je me noie.
On ne t’a jamais aimée assez loin pour te raccompagner chez toi un soir de fête.
Pauvre petite fille pauvre…
Et tu nous abomines pour la joie que nous t’offrons
Tu as la cruauté des opprimés
Trop longtemps asservis,
Qui ne croient plus au bonheur.
Trente trois ans, l’âge du Christ.
Jamais trop tard pour découvrir que la vie
C’est quelque chose de beau, parfois.
Tu as dit que tu m’aimais à l’homme que j’aime.
J’ai déjà tout oublié de ses confidences.
La fatigue me berce, adoucit mes gestes,
Leur donnant une aisance inhabituelle.
La voiture bleue traverse la nuit noire
Se coulant dans les phares
De l’homme-flambeau qui la précède.
Je n’ai pas de demain
Je suis tout près de toi.
J’aimerais être encore au temps où j’étais seule à aimer
Au temps où je n’étais qu’étrangère,
Trop fade pour tes goûts d’aventures
Trop sage pour ton âme de rebelle.
Au temps où tu avais presque déjà choisi pour moi
La couleur du mépris.
Pourquoi faut-il que la superbe te quitte
Et vienne se répandre à mes genoux
Si précieux aujourd’hui.
Pourquoi faut-il que tu trébuches ce jour
Alors que le soleil venait à peine de mûrir en mon coeur?
Je suis un fruit à croissance si lente qu’il t’en oublie déjà.
Déjà ton corps vacille
Imperceptiblement
Vers le mien.
Envie de ralentir la progression du flot qui déjà t’inonde
Sans que j’ai eu le temps d’y tremper un regard.
Je t’aimerais lointaine,
Souveraine
Pour éprouver encore
La rare douleur d’aimer.

A SUIVRE…

LE PROVISEUR

Le proviseur.

Dès qu’un visiteur rentrait
Dans son bureau nickel
Où seuls « Le Monde « et un téléphone trônaient,
Il se rétractait sur son fauteuil,
Maigre, noir et pâle,
Nageant dans son costume en tergal
Tel le scarabée au fond de sa carapace.
Inquiet d’apprendre la fin du monde.

Dès qu’il le pouvait,
Il se débarrassait des dossiers sérieux
Sur son adjoint débonnaire,
Qui survivait, joyeux,
Dans un bazar immonde.

Il habitait seul
Dans un appartement de six pièces
Vide.
Il repassait lui-même ses chemises
N’aimait pas le bruit
Ni le son des guitares.
Il évitait de recevoir
Ca faisait trop de bazar
Et priait Saint Pailleron
Que son Lycée ne brûle pas ce soir.
Il voulait dormir tranquille
Dans sa maison.

Il connaissait bien le code
Et maniait le règlement
Avec souplesse pour les forts
Rudesse pour les faibles
Comme un bon patron.

Son intégrité était notoire
Son intégrisme plus méconnu.
Il allait résilier son abonnement à « la Croix »
Au motif suivant:
Articles trop dissolus.
Les journalistes se perdaient de vue
Eux et les « vraies valeurs »
A force de trop vouloir coller à la rue.
Il leur avait écrit une lettre de protestation
En trois pages
Sur son ressentiment.

Il ne regardait pas souvent son miroir
Par crainte peut-être
D’y reconnaître
L’adolescent
Qu’il fut.

D’avoir à lui soumettre
La triste bête
Qu’il était devenu.

Les femmes à rondeurs le câlinaient
Les femmes à poigne le terrorisaient.
Les femmes rêveuses lui faisaient peur.
Seule sa mère le rassurait.
Elle l’appelait tous les soirs
Pour savoir comment il allait

Il avait une sainte horreur
De ce qui ne ressemblait pas
A « la normalité ».

N’ayant,
Pour ma part,
Jamais connu cette chimère,
Nous ne pouvions
Que nous heurter.

Il passait ses vacances sur la Côte
Une occasion comme les autres
De promener son regard
Sur les attraits vieillis des femmes de La Haute.
Et de se caresser gentiment,
Le soir venu,
A la fraîche,
Dans son lit.

A la rentrée
Il se confiait à de rares collègues,
De physique ou de chimie
Des gens austères et tristes
Comme lui.
S’émerveillant comme un enfant
Du tarif réduit de la SNCF.
Pour aller vers le midi.

Il me faisait penser à Christophe Colomb
Découvrant la Joconde.
Une absurdité du monde
Une masse d’énergie égarée.

Lors d’une tournée de garde,
Pour vérifier les alarmes,
C’était aux alentours de Pâques, je crois,
Je l’ai retrouvé dans le couloir
Qui menait au préfa trois,
Derrière une porte coupe-feu,
Qui résistait un peu,
J’ai poussé son corps sans le vouloir,
Il gisait là, sous la lumière blafarde,
Un couteau dans le dos.
Un « Play-Boy » sous le bras.

LA MADONE, feuilleton d’été

Bon, allez, je sacrifie à la tradition du feuilleton de l’été !

A vos marques prêt partez !!

Si vous aimez, dites-le !!

LA MADONE

Trois heures du matin.
Un réfectoire de lycée quasi désert.
Des guirlandes qui pendent, désenchantées.
Un sapin qui baille, des papiers sales.
Et toi qui danses
Deux couples attablés autour de bouteilles de champagne,
A demi pleines, à demi vides,
Ils ne savent plus,
Ils s’en moquent,
Se sourient sans savoir pourquoi.
Et toi qui danses.
Les reliefs d’un repas sans joie agonisent
Sur les bords d’assiettes pâles.
Tu danses.
Avec lui.
Tu tangues un peu.
Tu lui dis que tu m’aimes.
Il te sourit.

Trois heures trente du matin.
Je parle avec une autre,
La cascade des liqueurs inonde ton ventre.
Sans que ta main tressaille
Dans mon dos, une force s’évertue à me ramener vers toi.

Quatre heures du matin.
Nos deux voitures se suivent.
Tu es à côté de moi.
Michel est dans la tienne.
Tu es trop ivre pour conduire.
Nous t’escortons jusqu’à ton deux-pièces cuisine.
Tu me dis que personne ne t’a jamais traitée ainsi.
Tu ne sais plus s’il faut s’indigner ou s’abandonner.
Michel t’a arraché les clefs des mains
Afin d’éviter que tu ne rencontres trop précipitamment
« Le principe de réalité », comme tu dis.
TA MORT.

Ce soir ta vie a un goût amer.
Tu aimerais tout effacer recommencer.
Impossible.
Et ces deux débiles qui s’acharnent à te maintenir la tête hors de l’eau au moment même où, si lasse, si lasse, tu espérais bien… Quoi ?

Rien.
Conduire.
Aller n’importe où,
Surtout pas chez moi…
Loin vers la mer, la Délivrance.

(A suivre…)