Du côté de Guermantes

Puisque c’était vraiment vers Guermantes que je trainais mes guêtres
Les midis
En ce temps-là.
Avec cet air-là en tête
Le gueulant seule ou à plusieurs
A se faire éclater les cordes vocales
Le long de l’allée pentue semée d’arbres menant au château…

Analyse de textes

Juste en passant , suite à une chronique de Sylvie Arnoux sur MAMA MIA…

« Les phrases qu’elle décrit dans son livre sont dures, blessantes autant pour elle que pour sa mère. »

Non, lucides.

« Elle en parle sans fioritures.Le ressenti est là, les mots aussi.  »

Ca, c’est cadeau et ça ne fait jamais de mal!

« Des mots que peu arrivent à poser sur le papier.  »

Ils font peur, souvent.

« Une capacité d’analyse engendrée par la séparation, par le manque ? »

Les deux mon Capitaine, et un peu aussi, par les camps d’entrainement de la vie.

« J’ai ressenti cette déclaration (..) comme une ouverture à la vie qui continue. »

Aussi important !

Car ce que j’ai écrit et écrirai ne sera jamais « Noir », « triste », simplement la vie et ses reflets filtrés par Camille A….

Donc rose bonbon, on évitera….

Un lycée côté jardin » extrait.

D’Artagnan

(…)
« Pour toi, il n’est qu’action et volonté
Mes atermoiements commencent à te lasser.
Alors, je passe à l’attaque :
« -J’écris… J’ai écrit. »
« -Sur nous ? »
« -Sur nous. »
C’est la seule façon de te faire partager le plus intime .
De moi ,de nous.

Je me donne à toi par ces mots, comprends-tu ?
Oh et puis, je m’en fous !

Une jouissance pure coule dans ma tête.
Etrange mélange de douleur et de conscience
Cela tu me le donnes déjà, sans le savoir.

Tu lis.
Et peu à peu ton visage se décompose
Est entièrement décomposé.
Mon étoile brutale pénètre en ton cerveau,
Sans souci des panneaux.

Je cueille le triomphe sur ton visage, de profil, à trente centimètres du mien, glacé.

Je regarde par la fenêtre, je reviens à toi.
La page, la phrase, le mot : Tu en es là.
Donc maintenant, tu sais cela, cela et cela encore.
C’est un peu de moi que tu dénudes.
Du bout des doigts.

C’est un peu de mon innocence que je perds.
C’est un peu plus d’amour que je te donne.

Sens-tu en toi,
Comme je le sens en moi,
S’opérer la transmutation ?

Chaque page tournée,
Martyrisée par toi,
Glace un peu plus mon corps.

Le sang me quitte,
Il passe dans tes yeux.
Dans ton cœur,
Dans ton ventre,
Il te donne vie.

Par ces lignes noires je te fais l’amour.
Par ces lignes, je dépose au-dedans de toi,
Ce qu’il m’importe de te donner.

Mon corps , tu l’auras peut-être un jour,
Peut-être pas.
Cela n’a aucune importance,
Pour moi.
Cela fera partie de la danse,
Ou pas.

Un ornement comme un autre.

Ce que tu as dans les mains, c’est ma sève pure.
Tes traits soudain creusés,
Le silence qui nous recouvre,
Témoignent de sa vigueur.

Anéanti, tu me tends les pages.
« Déchiqueté » est ton seul message. »
(…)

Camille Arman

« Un lycée côté jardin », extrait : « l’enfant modèle »

Un sourire trop grand, un rire trop lourd, il portait sur son visage sans âge, les marques de ceux qui ne sont pas tout-à-fait de ce monde.

Ses longues jambes embarrassées, ses cheveux blonds ébouriffés, ses chandails rouges usés faisaient hurler de rire les élèves de cette classe de première C d’un lycée ‘sans histoire’.
Ils l’avaient surnommés « Duduche », en toute amitié..

Au cœur de juin, il étudiait, toujours et encore, au beau milieu de la bibliothèque désertée. Dehors, la drague faisait rage : autour du filet nouvellement dressé, on acclamait les prouesses des volleyeurs. Les filles riaient trop fort. Les garçons, étrangement ivres, se rattrapaient souvent à une hanche… le soleil s’étirait.

Seul, perdu dans la bibliothèque sombre, il lisait. Ses mains en couronne semblaient protéger la couverture d’un livre intitulé ‘Le rouge et le noir’.

Sarah le retrouvait, tous les mardis et jeudis après-midi à dix-sept heures, pour le sempiternel cours de Latin. Le dernier du jour, le sacrifié des plannings.

Duduche était là, toujours en avance, toujours droit comme une asperge en boite contre le mur crépité jaune sale. Aussitôt la porte ouverte, il s’avançait pathétique, mécanique vers sa rangée.
Sa rangée unique. Son rang premier. Sa destinée.