Extrait de Chrysalide plus…quelques rêves….

« Le médecin scolaire m’a convoquée dans son bureau de théâtre, au rez de chaussée du collège. Trois chaises, un pèse-personne et sa suffisance qui en pesait des tonnes. Il avait un stagiaire avec lui, grand dadais post-acnéique, qui flottait dans sa blouse blanche, pathétique. Était-ce pour lui montrer un cas d’école et son savoir-faire en la matière qu’il m’a fait venir ?

Il avait l’air réjoui. Pour la première fois j’entendis le nom un peu barbare de ma « maladie », parce que j’avais fait une maladie, il fallait bien que je le sache , et que j’en étais sortie, C’était évident vu que je bouffais comme quatre !

(comme ils étaient faciles à berner ! S’ils voyaient le contenu de mes pensées, ils seraient moins rassurés ! ).

« Anorexie ». Il était fier, il l’avait sorti, le mot compliqué censé me faire trembler. Face à mon air abruti, il tourna la tête, vexé de n’être pas mieux apprécié. Les rachitiques, on ne peut décidément rien en tirer !

On peut pas dire que j’étais bon public, ça non.Il fallait du plus raffiné pour m’épater !

Anorexie. Ah oui. J’entendis de suite « anneau-récit » résonner dans ma tête je souris.
Anneau de l’éternel retour. Lien qui unit deux amants, deux prisonniers, les deux mêlés… .
Liberté, dépendance. La vie humaine toute entière résumée. Cela m’allait…

Mais déjà ils divaguaient vers leurs concepts glacés. L’un pérorant, l’autre soulignant d’une légère inclinaison de sa tête maigrelette, toute extrapolation du Maître. Son stage devait être bien noté.

Il était question de la peur d’être femme (Tiens donc, j’avais pourtant toujours eu la sensation que ce n’était pas moi, qui avais peur…), de la haine mon sexe (il prenait ses désirs pour la réalité ! Et toi, ton sexe tout va bien, pour te mêler autant du mien, tu l’aimes bien ? Ça te donne du pouvoir, la couille ? Ça te permet pas d’être moins con, ça non !), que je refusais de grandir (alors là c’était le pompon ! Je n’aspirais qu’à ça pauvre andouille, pour être enfin libre et vivre à ma façon ! )

Entendre de telles conneries et rester calme, fidèle à la ligne de conduite que je m’étais fixée : la neutralité bienveillante envers les demeurés, les emmurés dans les préjugés.

Alors, pour en finir plus vite avec leur interrogatoire de flics, (manque la lampe en pleine gueule mais ses petits yeux luisants faisaient assez bien office d’assommoirs), j’opine du chef. Fais amende honorable «’avoue tout ».

La peur d’être «femme « surtout, cela lui plait beaucoup et il se rengorge, le matou. Il jouit de sa connaissance du « Grand Tout » Il domine le monde, il est homme de savoir. Ses théories de manuels se confirmaient. Le spécimen avouait.
Avoir sué sang et eaux pendants des années d’études, avoir gaspillé sa jeunesse mérite bien récompense : c’est de voir se courber la nuque de petits mortels infortunés qui viennent implorer la délivrance de leurs péchés, de leur souffrance, et jouer le calife en leur gribouillant une ordonnance et en leur faisant promettre de ne plus recommencer.

Ils me font dire ces choses que je ne pense pas, ne ressens pas. Ils boivent du petit lait et aucun des deux ne se doute que je leur sers un plat froid. J’ai plongé dans leur traquenard pour ne plus avoir à les subir encore.
Ils étaient contents, réjouis, même. Ils avaient leur os. Ils pouvaient aller bouffer, ils avaient fait du bon boulot. Prêts à partir vers d’autres combats. L’arme de leur pédantisme à la main. Le cœur toujours un peu plus froid. »

Un qui n’a peur de rien, véritable bande son de Chrysa…
Superbe chanson « un peu » zappée….On se demande pourquoi…

Entrée dans l’hiver…

En pleine traversée de ce fichu tunnel de verre pilé, la fin du monde incarnée.

Janvier n’existe pas.
Février signera la fin de la glaciation.
Plus tu fonds, plus la tendresse émerge en moi.

Pour toi,Alice…
Ce si bel hommage d’Arno…

Il y a toujours une lumière…
Je pars rejoindre ton soleil originel.

Solutré

Message à ceux qui tentent de trouver mes livres hors La Ferte sous Jouarre et Bussy st George (!)

Ecrivez-moi à : camille.arman@gmail.com

On se cause a little , on avise et j’envoie les livres en retour !

C’est pas tout craché menu, mais c’est pas compliqué non plus….Voui ?

Auparavant, j’indiquais les dates de dédicaces sur ce blog, puis par muratisme avancé ça m’a…comment dire ?.. « ennuyée »….Envie de tout envoyer péter, de me faire Solutré…

Voyais pas l’intérêt de cancaner, même s’il « fallait » communiquer…

Tant de coms et d’annonces qui se désannoncent d’elles-mêmes..
Même pas lues, regardées…La flèm d’être dans ce cirque…
Tout le monde veut être regardé. Encore faut-il qu’il y ait quelque chose à voir…

Et pi voilà, y’en a qui me cherchent (yeah !) y’en a qui me disent : » Mais où t’étais passée ? »

Donc j’envoie Murat repérer ses Dolorès (pas simple !) et me dis faut y aller !

Je me prends pour personne d’autre que moi, mais purée que ça fait encore chaud quand ça flashe entre deux êtres avec le silence et les mots ! Vécu encore ça hier à Chelles…

Rien ne prédispose au demeurant…Les plus beaux ne s’occupent qu’à être les plus beaux, les plus maquillées à ne pas se retrouver nues sans leur masque, les plus zoccupés à se croire les plus zoccupés, les enfants chiants à jouer les enfants chiants…ad lib…

Mais purée, elle s’amène, lasse, l’âge où plus envie de ce cinéma. Elle s’assoit sur ce truc qui braille, qui si je m’écoutais débraillerait bien vite, elle en a marre, a suivi sa fille pour des courses inutiles… enfin, utiles pour que son statut de maman soit bien tamponné par la société, par la famille occupée autour du sapin assassiné….

Elle s’assoit, face à moi. Regard. Défatigue. Elle se lève. Regard. Silence. Livres. Mots.En cascade. Echos.
Plus besoin de rien. Le gadget à hertz, en face, s’est kamikazé.

A chaque fois, envie que mes lignes soient à la hauteur de l’échange; je vise toujours cette fréquence.

Alors oui, je vais continuer les dédicaces, à rester immobile des heures, moi qui aime tant bouger…ou rêver allongée…Oui reprendre, parce que seule, dans mon boudoir, je me barre trop vite en couilles. L’envie de voler au-dessus des contingences me relance, obligation m’est faite de lester l’engeance.

Alors ceux qui veulent me rencontrer, iront. Les autres m’écriront…

La vie est une passion. Les non-passionnés prendront l’autoroute de la déraison commune plus couramment nommée « ne pas se prendre la tête ».

La diffusion étant ce qu’elle est, la société étant ce que nous en faisons, voilà où en sont rendus ceux qui détonnent.Il y a longtemps que je connais mon camp.

Sur ce…

Grazie !!

« On n’écrit jamais pour plaire ou séduire, on écrit pour se retrouver, pour faire passer un message à quelqu’un. Chaque mot vous rapproche d’un lieu inconnu plein de mystère. Car écrire prolonge un rêve commencé il y a longtemps, dans l’enfance, un rêve commencé lorsque vous étiez blottis dans le plus fragile abandon du regard de la mère. Oui, écrire c’est d’abord retrouver ce sommeil plein de couleurs et de chaleur où l’amour n’est pas promis mais donné comme une éternité, offert comme la première nourriture et la seule dont vous n’aurez jamais besoin. Écrire vous fait retrouver ce rêve où vous avez l’impression d’être là pour quelqu’un. »

Mots d’Evelyne….envoyés par Béa.

Ces chaines de personnes pleinement « humaines »..

Quand TOUT passe, en un souffle, un son, une vibration , un regard….

Grazie mille ! Bon sang que j’aime la vie !

Chrysa vidéo

En direct du studio Titou 1er, une vidéo 100% bio pour dire que Chrysalide, c’est le cheminement d’une conscience, une libération.

Une libération, une sortie de prison, n’est pas triste, quelque forme qu’elle prenne. C’est une nécessité au moment « t » pour tous, un jour, de ne pas répéter ce qui nous piétine.Stopper la reproduction du vide.

Pour cela, il faut aller le contempler. Être lucide. Puis s’envoler, sans se retourner.

La vie, ensuite, n’est jamais plus la même. « L’anneau » s’est ouvert vers une nouvelle alliance…

A toujours recréer.

EXTRAIT « CHRYSALIDE »

LE GRAND DEMENAGEMENT.

Elle a six ans. De grands yeux clairs, un regard franc. Elle aime l’école, son papa, sa maman. Elle déménage. Avec ses parents. Ils passent du sixième au neuvième étage. D’une tour A à une tour B. Par un beau matin de juillet. Au bas de la tour, le camion des déménageurs est prêt. Les cartons vont et viennent. Maman les a longuement préparés.

C’est jour de joie. La petite est heureuse, elle aime le changement : « Pour une fois que ça bouge dans cette maison ! » Elle aide à transporter quelques affaires, son ours en peluche brun serré contre son cœur. Le rose est bien emballé. Il est un peu douillet…

Le jeune monsieur est très gentil, il sort justement du grand camion avec des cartons.
Son patron finit de tout sortir dans l’autre tour, avec les parents.

« Appuie sur le bouton ! » Le ton est un peu rude, un rien agacé. Il semble pressé..

La petite s’exécute, elle monte dans l’ascenseur avec le déménageur. Neuf étages c‘est long, ils discutent. Il lui demande son âge, son prénom, si elle aime sa nouvelle maison.
»Il est mignon, ton ourson ! Tu m’aides pour la suite ? »
La petite ne dit pas non.
« Qu’est-ce qu’ils font les parents ? »
Elle s’ennuie un peu à attendre qu’ils finissent de nettoyer l’ancien appartement.

« Il est bien aimable, le Monsieur », dirait maman, il ne cesse de lui sourire, de lui caresser les cheveux. Ce contact l’indispose. Dans sa famille, on touche peu…

Rez de chaussée-neuvième, quatre aller-retours, qu’elle lui tient la porte, attend qu’il ait tout déposé pour descendre prendre d’autres munitions..

« Tiens, jette-ça à la poubelle, là-bas ! »

Le vide ordure face à l’ascenseur. Là où des gamins aimaient parfois à se cacher, à se faire peur dans le noir, elle y entre pour jeter la ficelle et le ruban adhésif qui lui colle aux doigts… Elle n’a pas entendu la porte se refermer. Il est soudain tout près. Lui demande quelque chose qu’elle ne comprend pas. Il s’escrime sur son pantalon…

»Les toilettes, ce n’est pas là, c’est dans l’appartement…Je vais vous montrer… »

« Pas la peine, regarde-ça. Touche, ça ne te mordra pas… »

Il a dit ça d’une voix si douce, qu’elle étouffe, sans savoir pourquoi….Elle saisit son ours brun. Il le lui retire violemment des mains… »

Camille Arman