La Place du Chien

 

 

Place du chien

 

LA PLACE DU CHIEN de MARINE BACHELOT

 

 

Subtilité vous avez dit subtilité ?

Tout ce spectacle est subtil alors qu’il pourrait sombrer dans la caricature, la facilité. Femme blanche –homme noir, chienchien à sa mémère. Fantômes du colonialisme. Sexe et papiers d’identité.

Identité tout part de là. La place de chacun, humain, chien où est-elle où sont les limites à ne pas dépasser ? Où se situer ? Au centre de l’arène ? Derrière des grilles ? Au lit ? Dans son panier ? Avec ou sans muselière ? Avec ou sans collier

Chacun est prisonnier de son rôle.

Le chien,  forcément. Evident ? Pas si sur ! Le rottweiler est planqué sous le masque du caniche. Surtout si c’est un chien qui se cultive dans sa baignoire ! Soulignons au passage l’excellence élastique du toutou,  Sherkan pour les intimes Yoan Charles à la ville, au mimétisme certifié par les meilleures normes en vigueur. A force de lire le Kâma-Sûtra et La force noire, des collisions se font. A force de s’instruire, les crocs lui sont restitués. Comme une redécouverte une libération. Une maison retrouvée.

La femme libérée, qui l’affirme si fort, (trop fort ?)se retrouve attachée. Au propre et au figuré. Liée par l’amour. Liée aussi par les chaines obscènes sensées œuvrer à sa libération. Contrefaçons. Sortir de cette impasse. Pas si simple….

Subtilité, subtilité. Après avoir jeté les clés de la caisse, quelle prochaine évasion à l’horizon?

Quel horizon pour lui, le migrant le voyageur, le danseur, le noceur ?. Un jour vainqueur, le lendemain à terre. Un jour devant, un jour derrière les grilles. Aussi mal à l’aise que le chien qui aboie le désespoir de ses frères au comptoir de la SPA. Plus fragile parfois. Le lien entre les deux recueillis lentement se tisse. Fragile interstices. Partage de chagrins.

Subtilités.

 

Subtilités qui questionnent aussi les cultures, les traditions. Là où ça gratte quand on rencontre l’autre. L’homme, la femme. En la femme, la chienne aussi…. Imaginaire, fantasmes qui trainent. Répulsion. Attention.

Subtilité jusque dans les marges intimes. Ne pas révéler. Après les rires, la compassion. Et dans la salle, un drôle de silence parfois. Le spectateur comme en apnée… reçoit l’appel comme un poing en plein nez : Non tu n’es pas confortable ici. Ce fauteuil est un leurre. Toi aussi tu devras répondre à l’appel du chien sous peine de n’être plus rien ! KO assuré.

 

Marine Bachelot ose et nous suggère d’oser aussi. Casser les barrières, vivre vraiment sa vie.

Marine Bachelot ou de l’art et de la manière de toucher là où ça nous fait mal. La jeune auteure et metteure en scène le fait en virevoltant. Sans jamais s’appesantir, en cassant le rythme, nous chamboulant incessamment. Travail physique et énergie au summum. Les comédiens (Flora Diguet et Lamine Diarra, véritables concentrés d’énergie pure, Yoan Charles, mouvant et émouvant à souhait) se jettent à l’eau sans bouée.

 

Il n’y a plus de mots pour le dire. Voir, ressentir. Accepter de se laisser envoûter.

 

Camille Arman, 13 Avril 2014.

camreve.wordpress.com

 

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