La fin de l’Homme rouge de Svetlana Alexievitch.

Vous voulez comprendre quelque chose à l’âme russe? Vous aimez aller au-delà des flashs d’infos téléguidés et des raccourcis faciles? Plongez dans cette complexité tourmentée, et rafraîchissante, fervente et têtue, passionnée et naïve, belle et insoumise, toujours renaissante de ses cendres, toujours là où on ne l’attend pas.

La fin de l'homme rouge image

On ! Nous ! L’Occident ! Les définitivement « autres ».

 

Car le spectacle est non seulement une chorégraphie, c’est un hymne d’amour tout entier dédie à ce pays démembré morcelé mais pas mort, dormant juste, dormant en attente d’un évènement.

 

C’est toute une troupe de jeunes acteurs confondus en une seul chant en un seul corps dont un membre se détache parfois pour souligner un temps fort, incarner un personnage, puis se refond dans les méandres de cette histoire de l’homme rouge déroulée multicolore dans ces reflets, ces chemins traversés, sur fond de noirceur et de questionnements : qu’est-ce qui nous mène, qu’est-ce qui nous dépasse ? Quel est le sens de cette histoire?

 

Tous les personnages sont en quête… d’amour, oui mais pas seulement, c’est encore plus loin, c’est au-delà du connu voire du nommable, du dénombrable, du recensement.

 

Et pourtant aucun verbiage, juste des faits bruts, des histoires nues, des chants lancés (oh la beauté de ces chœurs qui nous prennent soudain nous empoignent et nous emportent au loin…). Merci à Vera Karmann pour la préparation et les chants russes

Tout est fait pour célébrer le verbe de Svetlana Alexievitch, couronnée (Prix Nobel de Littérature 2015).

Tout est fait pour nous rendre plus ouvert à cet univers trop souvent caricaturé, manichéennisé.

 

La vérité parfois c’est très troublant.

 

Bravo à tous. Je vous le dis sobrement en hommage à votre travail à la fois humble et puissant.

 

Reprise à partir du 4 novembre au Théâtre de l’Atalante jusqu’au 7 Décembre

 

Camille Arman

 

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Un aquarium, ça accueille des poissons ou des bateaux gonflables, dis Madame?

Un bassin de vie doit-il devenir un marécage?
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Pour y avoir vu tant de beauté, je relaie….
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Prenez le temps, c’est pas du Hulot mais c’est tout comme, c’est la culture qu’on bâillonne..
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« COMMUNIQUE DE PRESSE
COMPTE À REBOURS POUR LE THÉÂTRE DE L’AQUARIUM !
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Depuis que la DGCA (département du spectacle vivant du Ministère de la Culture) a annoncé en juin dernier à François Rancillac, qu’il devra quitter la direction du Théâtre de l’Aquarium à la fin de cette saison, la mobilisation a été aussi nombreuse qu’intense :
plus de 7000 signatures à sa pétition (sur Change.org), plus d’un millier de mots et lettres de soutien venant autant du public, de la profession que du monde politique, des dizaines d’articles dans les media, etc.
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Mais rien n’y fait : la DGCA continue à vouloir imposer un tout autre avenir à l’Aquarium :
– Transformer ce théâtre ouvert aux artistes (associés et invités), à la musique, aux écritures contemporaines, aux pratiques amateurs, à la jeunesse de demain (via notamment le Festival des Ecoles) et investi dans un intense travail de sensibilisation auprès des lycéens de la banlieue Est,
– en «phalanstère à compagnie » (sic) : un seul artiste ou collectif bien «coté » y déploierait son seul travail en résidence (puisque, semble-t-il, la direction du lieu ne lui reviendrait pas en propre – ce qui permettra à la DGCA de changer plus facilement d’artiste ou de collectif, quand sa cote viendra à baisser !). Et ce modèle de « garage à compagnies » (pour appeler un chat un chat) est explicitement conçu pour être déployé sur tous les autres lieux de la Cartoucherie, une fois libérés de leurs actuels habitants…
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Le projet de François Rancillac, mis en œuvre il y a juste six ans par l’équipe de l’Aquarium et ses artistes associés, a absolument besoin d’encore trois saisons pour consolider sa dynamique – avant d’en transmettre le flambeau à un(e) autre artiste aussi attaché(e) aux valeurs du théâtre de service public et au souci d’ouverture et de partage. C’est la raison d’être de cet Aquarium si singulier, tel que l’ont imaginé ses fondateurs (qui soutiennent absolument François) il y a déjà 50 ans (cet anniversaire sera d’ailleurs dûment fêté du 2
au 8 novembre en spectacle, concerts, rencontres et bal !).
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A l’heure où tant de lieux sont menacés voire fermés en France (et en Europe) par des politiques rétrogrades et populistes ; à l’heure où règnent le repli sur soi, la peur de l’Autre et le déni de la diversité humaine ; au moment où l’Assemblée Nationale vote enfin une loi protégeant la liberté artistique, est-il vraiment judicieux de briser net une aventure pariant sur les forces vives de la création offerte, en toute générosité, à la curiosité et à l’intelligence des spectateurs de tout âge, de toute condition ?
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Madame la Ministre de la Culture devra trancher d’ici la fin du mois d’octobre…
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Paris, le 8 octobre 2015
Théâtre de l’Aquarium
– La Cartoucherie – route du champ de manœuvre – 75012 Paris »
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Portez-vous bien, droits, fiers comme des petits bancs etc…
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Camille
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#Osons!

C’est drôle, c’est efficace et puis…

Puisque tous les moyens sont bons pour se faire entendre des sourds…

 

 

Puisque la solitude additionnée fait une force impensable, impensée : Signons, osons!

Oui, osons la vie!

Le Futur improbable, c’est aujourd’hui.

 

Belle nuit ennuagée

 

Camille

 

CHUTE D’UNE NATION

chute nation 01Moi, tenir neuf heures assise? Non, mais tu rêves ou quoi ?

Dac! « Entrecoupé d’une pause multipliée par trois »….. Aaah ben oui, faut bien respirer des fois!!

Bon y’a deux potes qui jouent mais ça suffit pas!

…Si?

Bon, on y va!

 

Et là, plein la tête alouette!

Y’a déjà tous les adjectifs en « ant » qui m’accueillent d’emblée : étonnant, passionnant, sidérant, fascinant… tirés de la presse nationale. J’ai intérêt à écrire vite me reste déjà plus que époustouflant. éblouissant  ? Ne l’ai-je déjà pas lu celui-là ? Bon, si je ne m’y retrouve pas y’aura toujours : décevant… pour une chronique que je n’écrirai pas…

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Cela démarre moderato dans les attitudes les propos, nous entrons doucement dans l’univers d’une campagne vue de l’intérieur, dans les querelles intimes les débats les retournements de vestes les compromissions les pétages de plomb, les remises en questions, les relations humaines, la solitude du pouvoir, la solitude de la prise de décision, le rapport à l’honnêteté, le regard dans la glace : toujours aussi pur ou un rien troublé?

J’en dis beaucoup et si peu, tant de thèmes abordés avec un minimum de moyens et beaucoup de ferveur, de précision dans le geste…

Le corps, oui, le corps à bout qui menace de craquer, le temps haché, la demande de repos, le besoin de s’extraire, le besoin de prier… Besoin incompris sinon moqué, moment de recul qu’on aimerait voir pratiqué in the real life, in the real réalité. Le politique retrouvant une humanité pas là que pour faire beau sur la photo, pas là que pour réagir, pas là que pour enfoncer des portes ouvertes, petit tourniquet et l’appel du vent au loin, t’es usé, t’es trop pur, t’as loupé… au suivant!! Un moins tendre, un plus musclé… Et pourtant, et pourtant….

Fixer l’axe majeur d’un programme sur l’éducation est-ce si… déraisonnable?

Avoir un programme n’est-il pas plus clair que de flotter sur les nuages, surfer sur les sondages et brasser de l’air?

Selon votre parcours ce spectacle soulèvera toutes sortes de questionnements, remettra en perspectives des événements plus ou moins drôles plus ou moins récents…

Ah, voilà mon adjectif : ce spectacle est « transportant » !

Oui pour la première fois de ma vie de blogueuse, une salle debout qui applaudit sans timidité,  pas du bout des doigts, des acteurs visiblement heureux. Vidés mais heureux, heureux de faire ce beau métier, de transmettre de vibrer de partager, des acteurs qui applaudissent à leur tour le sourire aux lèvres… Une belle traversée ensemble…chute nation 3

Ils sont tous excellents de l’attachée parlementaire (Sophie Vonlanthen) irrésistiblement attirée par les lumière du pouvoir, au chargé de campagne (Didier Mérigou) qui semble découvrir doucement mais sûrement au fil du temps, le sens de l’engagement et du mot fidélité, y gagnant en humanité, en passant par le candidat sur le retour (Yvan Perquis) que l’art de la rhétorique ne sauvera pas, défait par un  débutant  sur un plateau télé… Mais le vieux lion ne meurt pas sans gloire et c’est beau à voir !

Oui, ils sont tous parfaitement engagés dans le projet et y mettent toutes leur tripes mais celui qui m’a le plus époustouflée c’est Walter Hotton, alias Jean Wampel… Il  incarne merveilleusement ce personnage complexe et attachant de député intègre aux prises avec sa conscience, nous en dévoile tous les débats intimes… Et quand ce ne sont pas les mots qui parlent, le visage tourmenté, les poings serrés, tout le corps, tendu ou exalté, nous les traduisent illico. Il est à cent pour cent, ne lâche rien du début à la fin de ce prodigieux marathon et prononce d’ailleurs un discours avec une telle force, une telle conviction, qu’on applaudit forcément, tant on est dedans!! Presque envie de lui dire présente-toi, ça nous changera !!

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Qui dira la charge de vie qu’insufflent ces comédiens à leurs personnages, leur gentillesse, leur modestie ? Ils sortent rincés mais souriants, trouvant encore le temps de répondre à de menues questions…

Chapeau bas itou à l’auteur et metteur en scène, Yann Reuzeau. Sobriété, efficacité. Arc tendu, flèche acérée, précision de la trajectoire, cible touchée.

yann reuzeau

Vous avez dit passion ?

Le vrai théâtre, c’est ça.

Précipitez-vous donc au Théâtre du Soleil, ce sont les derniers jours le we prochain!

Vous ne le regretterez pas. Parole de Camille !

 

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