TRACER OU LE REGARD DU DE A COUDRE

Ne pas suivre

Eperdument

L’autre

Comme un chien mendiant sa pitance

En  oubliant sa propre Lumière.

 

Tracer sa route

Ne rien reproduire

Créer.

 

Marcher dans la neige fraîche

Sans rails d’aucune sorte

Etre Soi

Sans estampillage.

 

Voguer son  Mystère

En être ébloui

Et le contempler diffracté dans le regard d’un arbre, d’un hérisson ou d’une fleur.

D’un chat, d’un papillon ou d’un enfant.

D’un corbillard, d’un dé à coudre, d’un éléphant.

 

Portez vous bene!

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Arrêtons (tontaine!)

Préambule: Au coeur de toute cette campagne politicienne, saturation face à ces éternels jeux et ressassements qui viennent enfler notre quotidien d’une indigeste pâtée et donc prise de plume instantanée… qui suivra son cours…

 

Arrêtons de passer notre temps devant des écrans (télés, tablettes, ordinateurs…)où une sempiternelle galerie de clowns sinistres(politiciens, journalistes) dissertent sur nos vies à venir, nous remplissent de haines et de peurs, de tremblements et de stupeur, abrégeant nos joies, stoppant nos élans, brisant nos en-vies, distillant une froideur à l’intérieur de ce qu’il nous reste encore de coeur palpitant!

Arrêtons de dire qu’on aime l’autre uniquement le jour de son enterrement.

Arrêtons de dire qu’on aime l’autre juste parce qu’il a fière allure, une belle gueule, un bel habit, de la puissance, de l’entregent. Aimons-le aussi malade, faible, pauvre, vulnérable, vomissant, vieillissant.

Arrêtons de faire semblant de vivre, d’aimer, de parler, d’employer des mots qu’on ne pense pas, de sourire des sourires qui ne sourient pas, d’être sempiternellement hors de soi, de maltraiter l’amour et l’amitié, de nous prostituer pour quelques billets, de feinter toujours, pour épater qui, à la fin du parcours?

Nos selfies grotesques orneront nos suaires tels des masques de Carnaval dégoulinant de creams repulpantes et restrusturantes mêlées de crachats et de larmes.Nos os calcinés se riront de nos liftings. Nos mensonges retomberont en neige noire sur nos candeurs d’enfants.

 

Camille Arman, un jour de janvier de l’an de grâce ..de grâce!..deux-mille dix-sept.

 

LE MOCHE

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LE MOCHE

de Marius von Mayenburg

Dès l’abord le spectateur perçoit une atmosphère étrange comme le décor de plexiglas et d’alu : nette, propre, glaçante, glacée. Au centre , l’homme à abattre, la bête à sacrifier, Lette. Car nous pénétrons dans une arène où les jeux sont faits d’avance : le culte de la rentabilité et de l’image va triompher. Quitte à en crever. Quitte à délaisser toute identité au profit d’une image lissée, infiniment dupliquée.

Le moche, c’est lui, c’est nous. C’est l’être humain dont il s’agit de polir toutes les aspérités, toutes les particularités. C’est l’inventeur, le chercheur naïf transformé en tête de gondole, en pathétique idole, prête à tout pour se vendre, pour gagner plus de dollars, pour tomber plus de femmes, proies consentantes, consternantes, de toute cette folie.

Ce scénario bien huilé de déconstruction d’identité est écrit de main de maître par un chef d’orchestre madré : humiliation de la victime, déconsidération de son travail, de son physique, promesse de promotion au rang d’étalon suprême si elle se soumet au scalpel salvateur. Douce scène de semi-agonie où se révèlent pleinement les caractères. Visage bandeletté, charcuté… à mettre au chômage toutes les cliniques de chirurgie esthétique !

Arrive la phase « rentabilisation du  produit ». Le chercheur, transformé en mouton de foire-oui la bouillie humaine s’est transformée en un joli leurre- accumulera les conférences et congrès pour le seul bénéfice du patron. L’homme sacrifié, pantin désarticulé sans plus de repères, est pris au piège de son narcissisme et de ses ambitions. Il piétine avec joie son humanité profonde sans espoir de retour. Avec la complicité d’une femme qui a de l’amour une définition bien particulière. La figure féminine n’est pas la plus ménagée par l’auteur. Elle est effrayante de duplicité, de vénalité, et ce dans toutes ses déclinaisons, d’épouse, de présidente de société, de mère…

Oui, c’est un jeu cruel. C’est la caricature à peine outrée des mécanismes de notre société marchande qui se voit mise à nue, sans voile ni faux atours. L’obscénité du propos initial -la consommation de l’autre, la soumission au pouvoir dominant, sardonique proxénète, la dévalorisation de l’humain- y éclate à chaque phrase, à chaque séquence. Le tout dans un crescendo de rires glacés et de douleur à peine masquée par l’hypocrisie des participants à ce concours de perdants.

Oui, tout semble ici outré jusqu’au dégoût. Tout nous rebute. Nous nous accrochons au bastingage des outrages, tombant avec l’homme-prototype chaque fois un peu plus profond au coeur de l’abîme. Oui nous n’aimerions pas voir ce reflet déformé dans le miroir …et pourtant c’est nous. Nous, si nous n’y prenons pas garde. Nous poussé à bout face à des lois inhumaines. Nous et nos compromis, nos compromissions. Notre abandon de nous, de notre singularité première.

Face à cette âpreté, on ne peut que saluer le talent des quatre acteurs qui donnent tout.

A commencer par Guillaume Marquet, poignant, qui nous fait parcourir toutes les couleurs de la souffrance et de la peur d’être un looser, d’être rejeté comme un vulgaire déchet sans certificat de conformité. Ses comparses Nathalie Jeannet, superbe de férocité, Gilles Tschudi impressionnant de duplicité, Raphaël Tschudi, jeune acteur au visage d’ange qui joue à merveille les démons, sont à la hauteur du défi. Ils relèvent puissamment le gant déposé par Nathalie Sandoz, à la mise en scène acérée.

Aucune baisse de régime, aucune relâche, ils y vont à fond et c’est grâce à eux, à leur énergie, que nous restons dans la farce, la caricature, que nous ne dérapons pas totalement vers le côté obscur qui oblitérerait tout espoir de rédemption. A noter, à ce sujet, la très belle scène finale, un écho délicat qui nimbe d’un halo de douceur le tragi-comique de l’ensemble…

Jusqu’au 29 Janvier au charmant théâtre de l’Atalante (relâche le mardi) et ensuite tournée en Suisse, Vevey, Fribourg… Courez les voir pour un décrassage salutaire !

En attendant, prenez soin de Vous !

Camille Arman

UNE MAISON DE POUPÉE de HENRIK IBSEN

 

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UNE MAISON DE POUPÉE

de HENRIK IBSEN

Noël, une famille heureuse, des cadeaux, l’exaltation de tout cela pour Nora, épouse dévouée et empressée à combler tout son petit monde, enfants et mari. Lentement, puissamment, un grain de sable insidieux se glisse dans la belle mécanique. Un petit peu trop d’écureuil et d’alouette, peut-être, dans les envolées du mari, Torvald. Un peu trop d’ascendant sur la femme-enfant…

L’arrivée d’une amie ressurgie du passé, Madame Linde (Nathalie Lucas), trouble quelque peu cette eau apparemment sereine… Apparemment. L’irruption d’un Maître Chanteur, Krogstad, Une vieille histoire de reconnaissance de dette feront voler le fragile équilibre en éclat.

Sur quelles réelles bases repose un couple ? Combien de temps vivre, faire des enfants, partager les heures d’un être sans en avoir traversé les strates les plus accessibles ? Pourquoi passer sa vie à côté d’un étranger ? Jusqu’où accepter les compromis ? Jusqu’où sacrifier sa vie pour un peu de confort, de belles robes, de belles chaussures, de gracieux amis, de coktails-partys où tout le monde rit et danse si fort au bord de gouffres qu’il ignore côtoyer de si près…

Jusqu’où une femme peut-elle se perdre dans les figures imposées d’épouse, de maîtresse de maison, de mère ? Jusqu’où faut-il aller pour se retrouver hors des masques collés depuis la naissance, depuis le père jusqu’au gentil mari, sur un visage trop sage ?

Toutes ces questions émergent subtilement de cette célèbre pièce d’Ibsen. Elles surgissent remarquablement en nous à travers le jeu finement ciselé de Florence Le Corre. Gracieuse et têtue, elle nous fait vivre en direct-live la lente et irrépressible éclosion de Nora. Chaque geste, chaque regard marquant une fêlure de coquille, un agacement de chenille qui se sent papillon devenir.

La noirceur de Krogstad précipite sa libération. Le jeu de Philippe Person est magistral, tout en force et en faiblesse, il déploie devant nous le large éventail de la palette masculine, du cynisme le plus glacial à la tendresse native de qui se croit aimé. De glaçon à transparence de lagon bien tempéré.

Philippe Calvario excelle lui aussi dans le rôle du mari qui ne voit rien venir. Qui suit, lui aussi, une ligne toute tracée par les usages, les conventions. Lui aussi emprisonné dans ce carcan dont il semble ignorer l’existence, se contentant de reproduire ce que ses parents auparavant…

Il est le plus pathétique, le plus perdu des quatre personnages. L’heure de sa libération n’a pas encore sonné. Mais la brusque renaissance de sa femme pourrait bientôt l’y aider… Ou pas. Encore une histoire de coquille à percer…

L’acteur décline excellemment les nuances de cet amour paternaliste, pas méchant mais encombré de préjugés. Il nous donne à voir son dessillement fracassant -des pans d’années tombent à ses pieds comme autant de jouets piétinés par l’épouse rebelle- et son impuissance face à l’ouragan féminin. Le spectateur compatit avec lui ce désordre intérieur provoqué par la révolte de Nora. On perçoit nettement l’être perdu sans plus de repères, submergé de devoirs, prêt à imploser.

Et s’il fallait encore rajouter un plus ce serait le bonus musical. Écouter « Such a perfect day » de Lou Reed auréoler d’ironie le dérisoire cérémonial Noëllien et toutes ses babioleries fut un joli clin d’œil et un réel bonheur !

Préparez -vous à y courir ! Le « Paradis » était complet, la pièce reprendra donc du 8 février au 12 mars, toujours au Lucernaire, au Théâtre Noir. 21 h du mardi au samedi, dimanche 19h.

Camille Arman.

Blog : camreve.wordpress.com

Hommage à Guy Corneau

Bonjour à tous!

Un jour de janvier, l’envie revient de partager autour d’un thème qui m’est cher celui du Père, puisque je termine un livre à ce sujet. Le décès inattendu du psychanalyste Guy Corneau et le thème de son livre le plus connu « Père manquant fils manqué » coïncide avec cet élan..

 

Portez-vous bene!

Camille

Orchestre Titanic

orchestre-titanic-1

Un temps en apnée. Une gare désaffectée. Quatre énergumènes en déveine..

 

Un chef autoproclamé, Meto, un ancien chef de gare, Louko, second d’office, puis vient le deuxième cercle, celui des suiveurs , Doko, un « ravi de la crèche» doux et rêveur, une femme déboussolée Lubka.

 

orchestre-titanic-2Ils attendent un train va passer, va les emmener vers un avenir radieux vers un paradis où seront exercés tous leurs vœux… Ils rêvent, répètent l’assaut, peaufinent le scénario…

 

orchestre-titanic-3Le train, passe enfin. Long flash de lumière… Il est passé sans s’arrêter, seules quelques bouteilles sur leur tête attesteront de son passage. Plusieurs passeront ainsi. Emmenant les élus. Laissant sur le quai les exclus … Vraiment ?

 

Qui est élu, qui est exclu ? Et si ce spectacle ne se jouait que dans nos têtes ?

 

Nos amis restent là, atterrés sur le quai. Puis ils reprennent quasi instantanément leurs chamailleries, leurs beuveries, jusqu’à l’arrivée de Hari (Olivier Cruveiller, magistral!) magicien illuminé, selon ses faux papiers d’identité, capable de faire paraître et disparaître l’ours perdue de Doko, de remettre en cause la réalité telle qu’on nous l’a vendue, jusqu’à l’idée même de la mort.

 

Cela ne se fera pas sans casse, sans cris sans vacheries, oui car sur le plateau nous voyons tous les visages de l’humain apparaître et disparaître, jouer à se mentir, jouer à se jouer aussi.

 

Et un jour le train s’arrête. Et..vous verrez !

 

Oui, venez les voir jouer au jeu de la vie avec ses outrances et ses désespoirs, ses petits au-revoir , ses douceurs, ses folies… Venez vous émerveiller du jeu des ces merveilleux farceurs et plus particulièrement de la délicatesse avec laquelle Christian Pageault sert son Doko, bouleversant de candeur. Venez vous en sortirez la tête nettoyée d’une couche de fumée noire, dernier vestige d’une loco du passé dépassé.

A partir du 10 janvier jusqu’au 5 février 2017

Tel 0143749961

theatredelaquarium.com

theatre-aquarium

Camille

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