OR ET ARGENT/GOLD AND SILVER

 

Ce livre est une pépite,  il nous livre non seulement des morceaux de vies en « live » mais est un bijou en soi. La photographie est un art. La mise en beauté de ces daguerréotypes un travail d’orfèvre qui a demandé des mois de travail minutieux… Je salue ces artisans précieux au service d’une forme de quête, d’un mystère qui les dépasse.

Humilité, patience, silence et opiniâtreté. Un travail d’artiste, oui, que je tenais à saluer. Je tenais à te saluer, toi, si discret.

 

Résumé :« Gold and Silver » offre un relecture contemporaine d’un fond d’archives inédites sur la ruée vers l’or en Californie. (…).

De jeunes argonautes des années 1850 fixent et défient l’objectif bouleversant toutes les conventions de la pose. Tout dans ces images, les attitudes, les regards, les vêtements, diffère des représentations habituelles de la daguerréotypie. (…).

Le photographe est intervenu à postériori sur les clichés, agrémentant les ruisseaux de poussière d’or ou rehaussant les tamis de chercheur d’or de pépites.

Le design du livre vient souligner les liens entre l’or du grand Ouest et l’argent, deux métaux utilisés dans la photographie.

Le fonds vient du concessionnaire automobile MATTHEW R. ISENBURG qui était collectionneur sur son temps libre.

Co-édité par Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada.

Sélectionné par Libération parmi les 10 plus beaux livres -photos de 2017.

38€, disponible à la Fnac et dans toutes les bonnes librairies…

 

Amis chercheurs d’or et de poussières d’argent, portez-vous, portez-vous, cette belle nuit et le jour qui viendra. Peut-être…

 

Camille

Camille for ever…

Bonjour à tous!

 

Voici la chro d’un spectacle à aller voir si vous aimez l’art, la vie …et Elle aussi.

 

« Camille, Camille, Camille »

Au Théâtre du Lucernaire (6ème)

 

 

Une vieille femme sur un banc. Belle, terrifiante. Elle nous regarde, nous fixe de ses yeux qui ont tout vu. Tout compris ! Au-delà des frontières de la raison.

 

Une autre, la statuaire dévastée. Dispersée près d’une valise. Ecartelée entre la vie et la vie. Entre la haine, la peur et l’oubli.

 

Une troisième, jeunesse allongée, dos nu gracieux, triangle de soie offert… à qui ?

 

A celui qui vient. Celui dont on ne cesse de parler. Présence, absence qui plombe. Au nom sans cesse prononcé. Cet homme-là n’a pas de prénom, c’est un artiste : « Rodin ». Deux syllabes modulées entre désir, désespoir et rejet. C’est par lui qu’elles existent. C’est pour lui qu’elle s’est enchainée. Pour lui ou pour l’art. Mais n’est-ce pas là le revers d’une même histoire ? Si et on le sait d’avance. Puisqu’on est venu pour Elle. Puisqu’on est venu pour elles, pour leur histoire. Pour son histoire superbement diffractée sur scène, superbement interprétée.

 

Camille-Claudel

 

 

Tendresse particulière pour la femme au banc et la fille aux rubans. Deux facettes d’une même ténacité. D’une hauteur d’âme qui ne veut rien lâcher.

 

La folle sait. Comme tous les fous. Déchirante, vibrante, ironique même, la folle connaît la fin de l’histoire : la belle n’ira pas danser, la bête l’aura dévorée après l’avoir possédée. On n’oubliera pas de sitôt son regard sur nous posé. La belle pressent, comme toutes les belles, le danger. Infernal dilemme entre passion et raison. La femme mûre, trahie, abandonnée, en est dévastée…

 

camille camille camille

Le destin est en marche, rien ne peut l’arrêter. Même si, un temps, miracle de la mise en scène, l’union entre les trois Camille semble se sceller.

 

Beauté du théâtre qui nous donne un espace où rêver à d’autres routes, d’autres sentiers que l’autoroute annoncée. Au seuil de la mort, la folle crie à la belle de s’éloigner du vautour. Mais écoute-t-on jamais celle qui sait ?

 

Comment prévenir ? Comment dire ? Qui, au creux de nous, peut entendre le message caché ?

 

Au-delà du cas « Camille Claudel » ces questions-là sont nôtres à jamais.

 

Merci mesdames de nous les mettre sous le nez. Merci pour la grâce et la passion de votre interprétation.

 

Je suis sûre qu’Elle aurait aimé.

 

Belle journée!

 

 

Camille Arman

 

A de Arman

T’as le bonjour d’Albert !

« Le rôle de l’écrivain ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire. Il est au service de ceux qui subissent ou sinon, le voici seul et privé de son art.

Le silence d’un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l’autre bout du monde, suffit à retirer l’écrivain de l’exil chaque fois du moins qu’il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence et à le relayer en le faisant retentir par les moyens de l’art ».

Albert CAMUS.extrait de http://www.youtube.com/watch?v=j2HKRTG2fk4

Toujours et toujours…

Au milieu des dentelles et des mignardises qui font patienter, la voix peut parfois aussi hurler…

Merci Lise pour le lien…

L’artiste en chronique

L’ARTISTE ET SON MODELE

Au vu du titre, on s’attend à une redite de la Belle Noiseuse de Rivette… On frôle en effet les parallèles sans pour autant y sombrer. La fille est nue, certes, il est aussi question de l’abandon, voici des années, d’un grand œuvre et dont la femme de l’artiste était le modèle, mais c’est à peu près tout ce qu’on peut trouver de ressemblant.

Le film est en noir et blanc, le décor est champêtre et l’épisode narré se situe dans les Pyrénées à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Une place quelque part en plein soleil. Une sauvageonne sous un porche dort. Une femme, au port altier, au sourcil incurvé l’observe, je dirai même la reluque, la soupèse…

En fait, elle décide d’en faire « cadeau » à son mari, sculpteur décati en panne depuis un paquet d’années. On le découvrira à l’état de l’atelier croulant sous les toiles d’araignées et les inachevés. Atelier qui servira d’hôtel meublé (faut pas quelle soit rebutée !) à la semi-prisonnière.

Une paillasse, un puits, une terrasse en plein soleil tout en haut d’une colline à la Manon des sources. Deuxième parallèle avec un film où apparait Emmanuelle Béart, car même si on n’est pas du même côté de la Méditerranée, on y pense tout pareil.

Même sobriété de l’habitation et de la vie des deux jeunes femmes. Même air farouche, même sentiment de traque et même féminité pleine. Même désir débordant de liberté et d’indépendance…
Même détermination et caractère trempé. Posées dans ce même havre naturel jaillissant de sentiers, de sources claires, donnant l’occasion à de jolies scènes de poses et de baignades et d’éclaboussures… Les bois seuls nous tirent de l’aridité pagnolesque…

On se dit bon, ça va, on connait. Toujours pas. Parce que Rochefort n’est pas Piccoli. Parce qu’un peintre n’est pas un sculpteur. Parce que la quête artistique semble ici prendre le pas sur l’émoi sensuel. Même si ce dernier n’est pas absent, il est traité délicatement et prend surtout la forme d’un premier au revoir au monde.

Les réflexions sur la création, le partage d’une certaine initiation à l’esthétique. L’épisode de la lecture d’une ébauche de dessin de Rembrandt et la douce compréhension qui se fait jour dans l’esprit de l’élève, merveilleusement retraduite par Aida Folch nous fait entrevoir toute la richesse d’un cours d’histoire de l’art bien tempéré…

L’admiration de l’artiste devant le spectacle de la nature, dont toute interprétation est d’emblée vaine et vaincue est humble et viscérale. Sa profusion ne pouvant être mise en mots, en images, en sons et en courbes à l’aide de combien de vies humaines? Il sait son travail vain, mais il ne peut y échapper, là réside tout le dilemme et toute la beauté de la folie créatrice quand elle s’empare d’un esprit. Impossible mission. La seule qui vaille la peine.

Le cinéaste prend son temps et c’est bien. Nous entrons avec lui dans le cabinet où l’essentiel s’accomplit à pas feutré. Nous plongeons avec lui hors du temps de la guerre, même si la tension de celle-ci nous tient toujours quelque peu en haleine, nous prenons les heures nécessaires à la maturation du chef-d’œuvre (que d’essais, de dessins jetés, d’ébauches, de poses poursuivies puis relâchées…).

Courir après « l’Idée », qui vient quand elle l’a décidé, usant tour à tour les nerfs de l’artiste et du modèle… Ah, ces heures perdues durant lesquelles on ne fait « rien » contre lequel peste tout artiste pressé de percer Le secret qu’il sent poindre tout proche, mais qui lui résiste encore…

Ces heures pendant lesquelles le travail opère à son insu dans le corps et les cœurs des êtres en présence… et en résonance… Car sans doute faut-il le temps se connaître un peu mieux, que les esprits se frottent et les cœurs se dépouillent autant que le corps du modèle (faire choir des vêtements est si simple…), jusqu’à frôler les limites (quelle jolie scène d’abandon et d’acceptation de son rôle d’intercesseur pour le modèle qui sent grandir son pouvoir de femme sur le vieil homme et s’en sert pour le modeler à son tour tendrement) pour que les cuirasses tombent et que la magie opère.

Le visage renfrogné de la jeune femme servira d’ailleurs de déclic au projet final, loin des postures trop académiques de sa femme…

Car cette femme est active (antithèse en cela de la femme de l’artiste, modèle renommé, que l’on devine plus « installée », plus assise dans sa vie de bourgeoise de province). Elle court les bois, se griffe les jambes dans les ronces (ce qui les fait enfler et freine donc le travail du sculpteur que cela met en rage) en passant des réfugiés de l’autre côté de la frontière espagnole. Elle est vive et fraîche comme le poisson qu’elle cueille de ses mains dans la source où elle plonge et jette aux pieds du bougon…

Sensualité, rondeur, amour de la vie et de la femme, c’est ce qu’on retiendra de ce film profond et tendre.
Quelle plus belle déclaration que cette affirmation joyeuse: Quelles sont les deux preuves de l’existence de Dieu ? La présence de la femme et… l’huile d’olive !… étalée sur une large tartine de pain doré….

A noter la présence forte et fraternelle de Claudia Cardinale qui cède si élégamment sa place à la jeune femme. Transmission de pouvoir délicat entre deux muses.

Un plus : l’irruption courte et bienvenue d’un soldat allemand, instrument de la peur qui se mue au fil de la séquence en érudit passionné par son sujet : la vie du sculpteur et la compréhension de son art dont il compte faire un livre… Inversion des valeurs. Rien n’est sûr, acquis ni stable, surtout pas les apparences et les identités en ces temps remués… La plongée dans l’essentiel représenté par l’art n’en est que plus salutaire…

Un bémol pour la fin inutile. Je serais personnellement bien restée sur le visage souriant de la jeune libérée à bicyclette, cheveux au vent. Meilleur reflet de ce film dense et prenant.

Camille Arman 27 mars 2013

L’invisible…

« Je dirais que la poésie, la création sont l’Art du risque et des contradictions , l’Art d’aller au coeur même des sentiments et d’oser l’ouverture à l’autre, cet autre soit-il nous même, le lecteur ou le rien, l’invisible .. »

Michèle Lenoir (extrait)

L’invisible, ce lecteur suprême…

Recevoir et donner

Ne rien prendre sans donner.

L’art, en ce sens, est un « rendu »,
Un don en échange de la grâce reçue.
Un rééquilibrage de l’univers.

La beauté perçue nous percute et nous la réfléchissons,
En chansons, en musique ou en vers..
En couleurs, en caresses, en odeurs de pain qui cuit
En Joie épanouie.

Les prédateurs ont oublié ce bonheur.

Désolée, j’ai préféré Cali…

Un créateur doit tout donner, ne doit pas faire mine de s’ennuyer en concert ou ailleurs…

L’ennui est à bannir et trop souvent dans l’art moderne, on s’ennuie..

Je préfère être ringarde et ne pas bailler devant je ne sais quel chef-d’oeuvre « reconnu » par l’élite.Le blanc plus blanc que blanc, les subtilités creuses et mortifères…(cf le traitement de la peinture abstraite dans « Intouchables » ou « Mon pire cauchemar », deux très bons films « mdr »)

Désolée, j’ai préféré Cali.

Si j’étais juré, je voterais pour………..

…… »Du domaine des murmures »

de Carole Martinez chez Gallimard.

« C’est fou ce qui peut se passer dans un tombeau, c’est fou ce qu’on voit depuis un tombeau. »

C’est Jourde qui parle, le complice de Naulleau, – ce n’est donc pas un tendre en général -en effet, comment ne pas s’incliner devant cet art quasi parfait de la dentelure médiévale (sans la mièvrerie cultivée par les reconstitutions d’été en costumes Disney).

Je vais d’ailleurs le laisser continuer car il en parle merveilleusement bien..Mais pour que vive un livre, se rappeler juste qu’il faut  le diffuser , en parler, l’acheter. Dans celui-ci rien à jeter.

« Rares sont les textes qui envisagent avec autant de finesse la condition féminine, sans militantisme lourd, en se contentant de montrer, de l’intérieur, comment une femme peut vivre avec le réseau de désirs, de représentations, de discours, de regards, qui l’emmure dans son corps et peut la conduire à choisir l’enfermement absolu comme une défense. Martinez montre aussi à quel point les hommes peuvent être les victimes du système de domination qu’ils ont mis en place. Bref, s’il y a féminisme, il est sans misérabilisme, il n’exclut pas la compassion pour les bourreaux comme pour les victimes, il glorifie les corps, il est, surtout, plein d’allégresse, en dépit de la gravité du sujet. »

Pour ce qui est de l’histoire, vous ne serez pas déçus non plus…

LIVE…

Quand on le voit de près, sur écran géant,

Ca éclate de suite,

Cette gémellité certaine avec l’Auvergnat.

Quand on le voit sur scène, on est baba,

Comme à Taratata.

C’est la dernière de la tournée,

Il est triste et joyeux à la fois

Il arpente la scène, ,

Court, saute ,

Vole littéralement,

S’envoie en l’air, recueilli par des dizaines de bras

Qui le tractent jusqu’au sommet des gradins

Où il étreint une Mama caribéenne qui en pleure de joie…

Tout cela sans cesser de chanter,

Jamais.

Il ne se repose pas.

Je ne peux qu’admirer.

Il fait lever les bras et vibrer un public apathique

Après le passage dépressivo-électrique

De mademoiselle K.

 » Faîtes du bruit » , qui disait Naguy

Elle a retenu que ça…

Bref on s’endormait sec dans le bouillon des décibels saturés

Quand il est arrivé,

Le sosie de Murat.

Un Murat qui aurait bouffé des vitamines

Et converti son désespoir en feu de joie

J’aimais pas forcément trop,

Trouvais qu’il faisait un peu de cirque , mais là…

Deux heures sont passées sans qu’on les voie.

La chanson sur les résistants espagnols est belle à pleurer .

Aïeuls issus des deux Méditerranées.

Sang mêlé

La même sève

Coule en moi

Il faut croire

Qu’elle intime de ne rien lâcher

Et aime la liberté

Plus que tout ici bas.

Il finit en saluant Bashung et fredonnant Jacques H. ….

 » Trop petit pour me prendre au sérieux
Trop sérieux pour faire le jeu des grands
Assez grand pour affronter la vie
Trop petit pour être malheureux .. »

Chapeau bas Cali, un artiste c’est ça.

Ca donne tout.

Point barre.

Sinon, au placard !

Avec les barbies démaquillées

Les loosers en costard

Et les chanteurs abandonnés…

Résister à l’enlisement, qu’il dit…ou : « je lutte, docteur, je lutte… »

« Je crois que la véritable création est impertinente. Elle n’est pas la reproduction de l’esthétique ancienne ni la sanctuarisation de la culture patrimoniale.

L’art authentique est une création formelle qui modifie nos perceptions, déplace les codes esthétiques, voire politiques(…)

Regardez ou lisez Sophocle, et vous verrez comme il crève la moralité ambiante, avec ses héros et héroïnes à contre-courant, qui luttent contre la morale et l’esprit du temps. Dès qu’un dramaturge se révèle, il choque.

Il faut être ouvert à l’invention de nouvelles formes artistiques.
Sinon, la vie culturelle oscillera entre un art – même « vivant » – embaumé et un consumérisme effréné. »

Stéphane Hessel

Extrait du journal » Le Monde » du 9 Juillet 2011

Hessel n’est pas seul, mais on se lasse à force de frapper contre les portes fermées…

Alors faire comme l’oiseau, voler…

Et par la fenêtre entrer.