LORENZACCIO

LORENZACCIO d’ALFRED DE MUSSET.

mise en scène Catherine Marnas

 

 

Cycle du pouvoir, pouvoir des cycles et des recommencements.

Quand vouloir laver plus blanc brûle le coeur, arase tout, laissant place à la mort et au néant d’un monde qui s’en fout. Continue à tourner « comme avant » au gré de ses intérêts, de ses ivresses et de ses bégaiements.

Lorenzaccio s’est donné une mission : tuer le tyran. Pour cela, il est prêt à toutes les compromissions. Tous les oublis, tous les bains de boue.

La révolution gronde, on le sent dans l’air qui passe. Des groupes se réunissent Florence frémit, prête pour sa délivrance. En route vers des temps nouveaux, des temps différents où le peuple criera « bravo », où les tueries cesseront, où… quel beau scénario !

L’innocent, qui ne l’est plus depuis longtemps, sort de sa bauge et joue le rôle qu’il s’est écrit jusqu’au dernier vibrato. La fin est cruelle. Musset était-il trop lucide ?

Désenchanté oui, c’est ça, désenchanté. Lorsque les voiles tombent, il n’est plus l’heure de rêver.

Pour s’attaquer à cette pièce « monstrueuse », il fallait du coffre. De l’énergie à pleins bras, à pleins poumons. Ils en ont. Tous. A cent pour cent.

Saluons toutefois particulièrement les performances de Jules Sagot dans le rôle titre, qui déploie avec fougue l’éventail de ses talents, ainsi que la subtile rouerie distillée goutte à goutte par Francis Leplay dans le rôle du Cardinal Cibo. Sans oublier Franck Manzoni qui porte brillamment jusqu’à nous les tempêtes sous un crâne d’un père, d’un humaniste et d’un penseur. Tous trois crucifiés sur l’autel du réel. 

La mise en scène peut dérouter au premier abord, puis on se laisse couler dans les eaux troublées de la quête obstinée de Lorenzo, tour à tour bouffon, mignon du roi, enfant au regard triste, jeune homme révolté. C’est une version décapante, abrasive, sans apprêt, de la pièce de Musset. On a aimé !

Camille Arman.

 

 

 

 

 

 

 

CHUTE D’UNE NATION

chute nation 01Moi, tenir neuf heures assise? Non, mais tu rêves ou quoi ?

Dac! « Entrecoupé d’une pause multipliée par trois »….. Aaah ben oui, faut bien respirer des fois!!

Bon y’a deux potes qui jouent mais ça suffit pas!

…Si?

Bon, on y va!

 

Et là, plein la tête alouette!

Y’a déjà tous les adjectifs en « ant » qui m’accueillent d’emblée : étonnant, passionnant, sidérant, fascinant… tirés de la presse nationale. J’ai intérêt à écrire vite me reste déjà plus que époustouflant. éblouissant  ? Ne l’ai-je déjà pas lu celui-là ? Bon, si je ne m’y retrouve pas y’aura toujours : décevant… pour une chronique que je n’écrirai pas…

chute nation 2

Cela démarre moderato dans les attitudes les propos, nous entrons doucement dans l’univers d’une campagne vue de l’intérieur, dans les querelles intimes les débats les retournements de vestes les compromissions les pétages de plomb, les remises en questions, les relations humaines, la solitude du pouvoir, la solitude de la prise de décision, le rapport à l’honnêteté, le regard dans la glace : toujours aussi pur ou un rien troublé?

J’en dis beaucoup et si peu, tant de thèmes abordés avec un minimum de moyens et beaucoup de ferveur, de précision dans le geste…

Le corps, oui, le corps à bout qui menace de craquer, le temps haché, la demande de repos, le besoin de s’extraire, le besoin de prier… Besoin incompris sinon moqué, moment de recul qu’on aimerait voir pratiqué in the real life, in the real réalité. Le politique retrouvant une humanité pas là que pour faire beau sur la photo, pas là que pour réagir, pas là que pour enfoncer des portes ouvertes, petit tourniquet et l’appel du vent au loin, t’es usé, t’es trop pur, t’as loupé… au suivant!! Un moins tendre, un plus musclé… Et pourtant, et pourtant….

Fixer l’axe majeur d’un programme sur l’éducation est-ce si… déraisonnable?

Avoir un programme n’est-il pas plus clair que de flotter sur les nuages, surfer sur les sondages et brasser de l’air?

Selon votre parcours ce spectacle soulèvera toutes sortes de questionnements, remettra en perspectives des événements plus ou moins drôles plus ou moins récents…

Ah, voilà mon adjectif : ce spectacle est « transportant » !

Oui pour la première fois de ma vie de blogueuse, une salle debout qui applaudit sans timidité,  pas du bout des doigts, des acteurs visiblement heureux. Vidés mais heureux, heureux de faire ce beau métier, de transmettre de vibrer de partager, des acteurs qui applaudissent à leur tour le sourire aux lèvres… Une belle traversée ensemble…chute nation 3

Ils sont tous excellents de l’attachée parlementaire (Sophie Vonlanthen) irrésistiblement attirée par les lumière du pouvoir, au chargé de campagne (Didier Mérigou) qui semble découvrir doucement mais sûrement au fil du temps, le sens de l’engagement et du mot fidélité, y gagnant en humanité, en passant par le candidat sur le retour (Yvan Perquis) que l’art de la rhétorique ne sauvera pas, défait par un  débutant  sur un plateau télé… Mais le vieux lion ne meurt pas sans gloire et c’est beau à voir !

Oui, ils sont tous parfaitement engagés dans le projet et y mettent toutes leur tripes mais celui qui m’a le plus époustouflée c’est Walter Hotton, alias Jean Wampel… Il  incarne merveilleusement ce personnage complexe et attachant de député intègre aux prises avec sa conscience, nous en dévoile tous les débats intimes… Et quand ce ne sont pas les mots qui parlent, le visage tourmenté, les poings serrés, tout le corps, tendu ou exalté, nous les traduisent illico. Il est à cent pour cent, ne lâche rien du début à la fin de ce prodigieux marathon et prononce d’ailleurs un discours avec une telle force, une telle conviction, qu’on applaudit forcément, tant on est dedans!! Presque envie de lui dire présente-toi, ça nous changera !!

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Qui dira la charge de vie qu’insufflent ces comédiens à leurs personnages, leur gentillesse, leur modestie ? Ils sortent rincés mais souriants, trouvant encore le temps de répondre à de menues questions…

Chapeau bas itou à l’auteur et metteur en scène, Yann Reuzeau. Sobriété, efficacité. Arc tendu, flèche acérée, précision de la trajectoire, cible touchée.

yann reuzeau

Vous avez dit passion ?

Le vrai théâtre, c’est ça.

Précipitez-vous donc au Théâtre du Soleil, ce sont les derniers jours le we prochain!

Vous ne le regretterez pas. Parole de Camille !

 

a-de-arman (2)

 

 

La tempête de Shakespeare

LA TEMPÊTE

Tempête sous un crâne, personnages en déroute, soumis au doute, à la joie ou à la peur selon les vents et les humeurs. Île de tous les possibles où chacun vient jouer sa partition, pantin zélé d’un instrumentiste caché. Prospéro, Maître magicien, un temps soumis à l’esprit de haine affute les instruments de sa vengeance… Au fil d’une journée de danses et de contrepoints, d’élans et d’interrogations, ils seront désaccordés. Le duc jettera le masque de toutes les illusions. Celle du pouvoir n’en sera pas la dernière…

 

la tempete de shakespeare

Ah, comme cette pièce salutaire est bienvenue en ces temps de tangage et de trahisons….

Rafraîchie par une mise en scène innovante, servie par des interprètes, qui, non contents d’être comédiens, se déclinent chanteurs et musiciens (avec une mention spéciale pour l’acrobate Caliban, contorsionniste aux multiples talents et aux dons de ventriloquie d’Ariel), la dernière pièce de Shakespeare ravira tous les publics sans exception.

 

la tempete de shakespeare 2

Dans la salle, les rires le disputent à la réflexion, la concentration… comme autant d’échos diffractés du mot « conscience » qui viendrait, discret et sans pareil, scintiller à nos oreilles… Juste en passant, patiemment, obstiné, puisqu’il est le centre le creuset où viennent s’échouer tous nos détours, nos digressions.

Afin que, mis à nu comme Prospéro, nous repartions, à la fois plus graves et plus légers vers nos îles respectives et y nettoyions nos démons.

Mesdames, messieurs les comédiens, bravo pour vos pirouettes, sous vos travestissements variés vous nous avez emmenés là où le rêve devient réalité.Et inversement.

A de Arman

LE ROI NU

roi nu

LE ROI NU

Au Théâtre 13

Mise en scène audacieuse de Léa Schwebel

On connaît déjà tous plus ou moins une ou deux histoires sur les trois. Elles sont cachées derrière nos fronts d’adultes, bien tapies dans une région de notre enfance. On redécouvre leur fraîcheur dans cette pièce-là, librement inspirée des trois contes d’Andersen, « Le porcher », « La princesse au petit pois » et « Le Roi nu ».

Truculence et rires sont au rendez-vous tout au long de la pièce mais ils explosent lorsque sa Majesté paraît. Lorsque sa suffisance nous saute à la gorge, lorsque ces apparats inopérants et vides nous ouvrent la porte d’une éternelle actualité, nous dessinent un monde en creux, vertigineux.

La vacuité du pouvoir et de ces attributs de papiers s’offrent à nos yeux dessillés. Illusion et vanité. Tiens, on pourrait en faire un feuilleton à succès !

Andersen en a fait un conte et sa mise en « chair » est si époustouflante que la salle en demeure à la fois joyeuse et sonnée. Et si les choses pouvaient s’inverser ? On se prend à rêver… c’est la force d’un texte revisité par Evguéni Schwartz et celle d’un tel spectacle.

Merveilleux comédien que cet interprète du Roi nu, qui s’illustrait déjà en suivante docile au début de la pièce. Il dégage une force de persuasion imparable. Aidé en cela par une gouvernante revêche et sexy -oxymore réussi !-, un roi ami rigide de pensée souple de corps, croquignolet à souhait. Ces deux virgules de fantaisie encadrent à merveille cette crapule démythifiée, ce bébé outrancier. Les adolescents ne sont pas les derniers à apprécier…

Le Roi est magnifiquement nu ! Vive le Roi

A de Arman

Action ! Voltaire au bouillon !

Ah mais que je le kiffe ce mec là !

 

Il a la pêche ce type ! Et pas que…. des idées aussi !

http://vimeo.com/83764848

 

Et Voltaire oup’s expédié !Ah enfin !!

 

 

Piti rappel : y’a les quatre Bohémiennes rhapsodies en ligne sur le côté droit de cette présente page dans le piti pavé, ô gué ô gué !

 

Portez-vous bien !

 

TOUT DIRE !

Taddeï viré par Valls… Euh, c’est un dangereux terroriste le Fredo ?

J’irai pas jusqu’à dire que je lui ai porté la poisse mais bon sang, qu’est-ce qui leur prend ? Où je vis ? En Corée du Nord ?

J’ai été élevée dans le trio crétin de « liberté égalité fraternité », le pays où l’on pouvait tout dire, celui de Desproges , des chansonniers du théâtre de l’Empire, du Tribunal des flagrants délires, de Villers, de Mermet … Et comme une conne, durant un temps, j’y ai cru.

Je me retrouve dans un pays où pas une tête ne doit dépasser, où un mec courtois (y’a pas plus courtois que le joli dandy de « ce soir ou jamais » ! On va pas me dire que c’est comme ce vanupied de Murat !) est viré parce qu’il a osé inviter des personnes qui ne plaisent pas.Et même si certains ne me plaisent vraiment pas, je pensais être encore en démocratie, ici…

Je comprends de plus en plus ceux qui s’exilent..la France déçoit ceux qui ont cru le plus en elle. Depuis les outremers que je connais un peu,tous ces francophones, qui la mettaient plus haut que tout,  pensaient que chaque français  parlait comme Rousseau et Voltaire, avait des idées hautes…

Oh, comme j’ai honte, depuis un bout de temps, j’ai honte de ce qu’est devenu mon pays, de tout ceux qui l’ont trahi. Nous en relèverons-nous ?

J’ai mal comme tous ceux qui ont trop cru et trop aimé. J’ai mal parce que c’est un pur gâchis depuis tellement d’années, le « pauvre Fred » n’est que la cerise sur un gâteau miné…

Il faut être gras, glauque et superficiel, tirer le peuple vers le bas pour qu’il ne renâcle pas trop, ne réfléchisse pas …cela commence dès le début, dans les classes, et ça continue….encore et encore c’est que le début d’accord, d’accord…

Que le pouvoir est bas, que de compromissions commet-on en son nom…

Que de servilité , dos pliés au lieu de se déployer…

lez http://www.demainonline.com/2014/01/17/affaire-dieudonne-frederic-taddei-la-enieme-victime-de-manuel-valls/

Allez,  Camille , calmez-vous, vous reprendrez bien une part de galette ?!

………….

Prenez VRAIMENT soin de vous !

L’Assemblée dépoussiérée…Chro-rêve…

L’ASSEMBLEE DES FEMMES, d’après Aristophane. La Cartoucherie, salle Copi.

On arrive dans une arène bondée. On marche un peu sur les graviers, on monte vite les gradins, on se dégote un coussin et le silence se fait.

Une Jeanne d’Arc s’avance encasquée : « Bin dis donc, Aristophane est bien dépoussiéré ! ». Ce n’est que le début de cascades de surprises et de rires enchevêtrés pour cette pièce où les femmes décident de prendre le pouvoir à l’aide de travestissements nôtoires.

La mise en scène est très libre, par choix délibéré de dépoussiérage les dernières traductions datant de 1966, Mylène Bonnet a choisi de recourir à une auteure engagée dans la cause des femmes, May Bouhada qui a totalement réactualisé la pièce jusque dans les accessoires (poussettes de bébés, bidets..) jusque dans l’allusion aux femen, à la monnaie unique, à un nain menant un pays vers l’abîme.

L’irruption d’un duo–duel entre une rappeuse pêchue très convaincante et une amoureuse populaire, fleur bleue sur le retour, les deux se disputant les faveurs d’un homme et s’affrontant à coup de chansons d’amour est du meilleur effet.

Car la pièce nous démontre que les femmes libérées sont capables d’autant de grossièreté, d’appétits et de jalousie que les hommes…

Les acteurs ont une vitalité farouche et communicative. Tous. Ils chantent, dansent escaladent des tribunes et se travestissent dans une joyeuse sarabande. Mention spéciale à Gisèle (Chantal Trichet), la fausse vieille et Simone/Machinchos (Patrick Paroux).

Plusieurs scènes frisent le scabreux tout en réussissant à ne pas être vulgaires. La scène du démoulage est surréaliste.

C’est la vie de l’humain toute crue qui est mise à nue. Avec ses peurs du manque, (qu’on lui prenne tous ses biens) cette avidité du recevoir comme un bébé, depuis les statues qui tendent les bras dans l’espoir d’une aumône… jusqu’à l’adulte enténébré par ses biens.

Une mise à nue qui s’exerce au propre comme au figuré.

Ce qui nous donne l’occasion d’une des seules scènes intimes, intimistes, particulièrement sobre et réussie (à noter la magie des éclairages) entre une femme et son mari. Elle commence comme une scène de ménage classique où se déchainent deux monologues, se poursuit par un dialogue passionné qui n’empêche pas la tendresse d’affleurer peu à peu pour se clore sur un superbe hommage de l’homme au féminin, devant lequel il reste définitivement coi.

Théâtre de la Tempête jusqu’au 21 Avril. Ma au Sa 20h30, Di 16h30
Chronique en live sur FPP le Ve 19 Avril à 15h

Camille Arman. Avril 2013