Lettre à B.

 

 

Cher B.
Je sors de mon trou de marmotte pour toi et quelques autres que je ne connais pas. Pas encore.

Tu te désoles de ne plus voir de nouveaux papiers ici… Oui, la vie est fluctuations, dérivations, variations, gravitations toujours… Temps de repos parfois, désescalades quelquefois. Aucun diktat ici, juste surfer la vague. Alors oui, une intolérance à la routine me fait dédaigner ce support qui me plaît, puit sans fond, puit sans fin, du dérisoire infini et de l’éphèmère beauté de la vie.

Oui, je sais, tu es jeune, fin, sensible. Tu cherches à travers les feuillages une sente qui épouserait tes pas. Tu te heurtes à l’adulterie et tu devines quels heurts cette engeance provoqua en moi. Tu distribues tes dons et ton sourire à qui veut bien te considérer d’un peu plus loin que cette timidité, cette pudeur qui fait tout ton charme, qui indique à celle qui fut (et demeure au plus profond de son coeur) un professeur de « Lettres », mais plus loin que cela, je le sais maintenant, un professeur de vie. Comme un signe, un panneau indicateur, un léger vent dans les voiles pour qui ne craint pas le grand large du rêve, de l’amour, de la liberté. De ce que les Normaux, les Zadultes appelaient « folie ». Ils l’appelleront de moins en moins ainsi. Cette pudeur, cette douceur qui indiquent une acuité profonde, une intelligence première des itinéraires magiques de la Vie.

Alors, en ce soir de Noël, au creux de ces heures qui me laissent toujours un parfum de malaise, ces heures vagues où des sourires trop fardés se délitent en un quart de seconde sitôt la mimique de convivialité obligatoire accordée, ces heures où les oies grasses et les canards sont encore plus mes amis que d’ordinaire, ces heures où l’appel d’air se fait pressant, ces heures où je me leste les pieds pour ne pas fuir ces lumières d’argent, ces heures où je sais que toi aussi tu chancelles, rêves de piano et de bateau blanc, je pense à toi et à tous tes semblables croisés ici-bas.

Je suis là et le serai toujours. Ton sourire a impacté ma rétine comme tous ceux que je croise et sens vibrer pur et juste, ne pressentant pas encore tout à fait la beauté qu’ils recèlent, s’en défendant, s’en excusant.

Cher B., tu vois, en ce jour trop long pour moi (et je te promets qu’ils sont bien rares ces jours en ma vie), je pense à toi et me prends à rêver, à redevenir professeur, pour que des êtres tels que toi croient enfin en eux, pour qu’au milieu de tous les aléas familiaux, ils chevauchent très vite leur idéal. Qu’ils aillent plus loin, bien plus loin que moi et que je les regarde s’éloigner, un mouchoir à la main en guise de dernier signe d’ici, un nuage de poussière masquant tout de demain.

J’ai adoré mon métier, il n’en est aucun autre que j’aurais pu « exercer »si longtemps. Je l’ai si peu exercé d’ailleurs, mais tant poli, acéré, ciselé. Jusqu’à disparaître des écrans-radars lorsque l’usure de l’habitude et des vaines guerres menaça de m’avaler toute crue.

Cher B., cher « scientifique » qui aime tant les livres, cher jeune homme qui donne tant sans poser ni peser, cher être un peu « à côté »- mes secrètement préférés- ne change rien, garde tout. Révèle-toi, va plus haut encore. Du creux de ce jour de Noël qui me déprima trop souvent, je t’envoie cette lettre d’Or. Je n’ai rien écrit de ce que je voulais t’écrire au départ. Mais une lettre qui vient du coeur, c’est toujours comme ça.

B., Voici donc ces mots. Juste pour toi et quelques autres que je ne connais pas. Pas encore.

Ton Amie.

Camilleplage fouras oct 15

VAIANA

Because of you, my girl

Parce que la petite fille de la photo qui court vers l’orage a bien grandi

Parce qu’elle est au coeur de la tempête et des nuages

Parce qu’elle cherche sa route, son Trésor

Dans la foudre et le bruit

En doutant, pleurant, donnant du poing et de la rage

Et des sourires aussi

Comme l’héroïne du film éponyme

Sculpté pour toi.

Venu à point nommé en ces mois gelés.

 

Elle a légitimé ce prénom « étranger » qui faisait tiquer tes maîtres d’école et de Collège.

Ceux du Lycée savent désormais l’écrire et le prononcer sans bafouiller , sans y rajouter un tréma.

Comme elle te ressemble

« jolie mais pas trop cliché »

Pas trop sophistiquée.

Fière et volontaire.

La seule au regard et à la peau ambrée

Ce regard et cette peau du Sud qui te firent tant douter de toi,

Vaiana.

 

Oui comme tu lui ressembles, c’est impressionnant de miracles ce scénario

Comme elle, tu as su réveiller les démons endormis

Comme elle, tu as su t’éclipser pour permettre aux autres de sonder leur coeur et leurs en-vies.

 

Tu as ouvert un chemin, Vaia, une brêche dans les non-dits.

Tu portes au coeur cette transparence des eaux de Là-Bas

-Oui, c’est réellement aussi « bleu » que ça, tu verras.

 

Cette transparence dans laquelle je me baignais sans arrêt

Lorsque je t’attendais

Dont je ne me rassasiais pas.

Tout près de Bora-Bora.

 

Tu portes ces senteurs et cet air d’infini qui ne disparaîssent pas

Même quand le Rêve s’est enfui

Même revenue au « pays »

Même au bout de cette vie d’ici.

 

Quels que soient les coups que tu me portes, tu brises un peu plus la coque, toute cette écorce que je ne n’imaginais même plus porter sur moi .

Tu déchaînes cyclones et tempêtes sous chacun de tes pas

Ils font valser les tôles rouillées de notre histoire et les entraînent loin de nos marae.

 

Alors

Lorsque tout aura cessé

Quand l’océan sera calmé

On se fera un coup de yukulele sous les manguiers de New-York ou de Sibérie, toi et moi

Et jusque tard dans la nuit on dansera, ma belle Princesse,

Vaiana.

 

Camille Arman.

 

HUGO, DE PÈRE EN FILLES

hugo-pere-filles-affiche

C’est parce qu’on connaît le travail de Filip Forgeau qu’on y va,philip-forgeau

C’est parce qu’on a déjà vu Milena et Rosa,

C’est parce que cet homme a le don de mettre les mots justes dans la bouche des femmes,

C’est parce que cette sensibilité, ces interrogations-là qu’on y va.

Adèle, on la connaît un peu grâce à Isabelle

Grâce au cinéma.

Léopoldine est un nuage, un mystère.

Sitôt née, sitôt enfuie dans les eaux troubles de la Seine, auréolée des rimes de l’illustre papa.

Dire la rencontre, imaginer les non-dits, les douleurs secrètes mais les joies aussi.

Jalousie, partages, rires, jeux, peurs.

hugo-de-pere-en-filles

S’immiscer sous la peau des personnages, au cœur du cœur

Extirper l’essence de leur être, la présumer, l’aquareller, voici le beau travail qu’accomplit cette compagnie.

Par nos temps de tempêtes, qu’elle en soit ici remerciée.

Oui, il faut du cœur, du courage pour chaque jour recréer un monde quand tout autour le ciel s’assombrit. Je crois qu’ils n’en ont que plus de fièvre, plus de belle folie.

Oui, il faut être « fous », passionnés, pour nous emmener ainsi sur les traces de ces deux vies en attente d’ailleurs…

Léopoldine et Adèle, sœurs complices, sœurs jeux, sœurs destins, quelle agréable chorégraphie que voilà ! A l’image de ce cérémonial de repas qui encadre la pièce : inattendu et stylé.

Léopoldine et Adèle, l’une douce et tendre, l’autre plus intérieure, torturée… mais les rôles peuvent parfois s’inverser : ah, le beau visage sculptural de Laurianne Baudoin (hommage aux lumières et aux décors, visuels et sonores), qui nous dessine des paysages de révolte, des océans de mystère infini. Quelle belle composition que de rendre aussi vibrante, aussi vivante, une jeune femme qui aura si peu pesé sur le monde….

Soizic Gourvil, excellente comme à son habitude, nous compose une Adèle délurée, à la folie qui parcourt l’éventail d’une minutieuse poésie jusqu’au plus caricatural portrait…

Mais qui se cache derrière les traits de la folie ?

Et si un élément de réponse appartenait au génial, trop génial, barbier ?

Ce spectacle a tout. Il est intelligent, nous surprend et nous entraîne aux portes du rêve, aux portes souvent trop verrouillées de notre propre intériorité. Ne soyez pas frileux, courez-y  vite! Car pour continuer à vivre leurs rêves et les faire partager, ils ont aussi besoin de vous !

Et… portez-vous bene !

Camille

a-de-arman (2)

Les trucs morts

N’étudions plus le grec plus le latin

Tous ces trucs morts  qui servent à rien

Et puis n’étudions plus non plus la philo

Plus non plus le chant le dessin

Plus de gym, que des guignols!

Que du bazar tout ce tintouin

 

Plus les oiseaux

Plus de voyages hors frontières

Trop chers trop loin

Pas sûrs pas bien

N’écoutons plus les rêves

Ni le chant des abeilles le soir au coin des lilas

Fermons nos écoutilles

On sait jamais d’où le danger viendra

N’étudions plus que ce qui rapporte

Les chiffres les chiffres de toutes sortes

Pensons surtout bien à fermer nos portes

Des fois que

Le vent frais ou un Nétranger mutin

Viennent empoisonner nos pets radins.

 

Camille

a-de-arman (2)

« La forme de mon Désir »

Notre éditeur étant apparemment en rupture, il vous faut passer, -quel drame n’est-ce pas?- par Sylvain et moi pour acquérir un exemplaire du livre, via ce blog ou nos pages facebook, en message personnel bien sûr.

chambre d'hopital

« Mais le délire le reprend dans sa danse des sept voiles…
Une femme entre dans une pièce vide où il repose. Elle est nue. Elle retire délicatement le lien qui nouait sa chevelure. Lent mouvement du respirateur. Cliquetis régulier d’un mécanisme usé dans la lumière tamisée. Des mèches folles tombent sur ses épaules, couvrant ses seins. Elle s’approche doucement. Il voit ses hanches, ses reins.
Elle ôte le drap, ultime rempart entre leurs corps. Ils se connaissent. Il ne peut avoir oublié ce lien d’or. »

A bientôt

Camille

Autre retour, pur nectar…

Un autre retour d’une autre lectrice… On vous attend messieurs, sans vous presser…

IMG_1386

« Votre écriture à-4-mains est un pur Voyage!
Nectars, senteurs, parfums, danses… parcours sensoriel, sensuel… les mots sont des portes et leurs sens des fenêtres sur un ailleurs, une expérience, belle aventure à deux, belle complicité …à suivre… j’aime

Rêve ou réalité ? Toucher ou être touché(e) ?
« La forme de mon désir  » donne l’occasion des voyages des sens qui laissent une empreinte… Merci Camille et Sylvain… car que reste-t-il d’autre qu’une empreinte au final ? (^_^) »

Catherine