Que retenir de 2017 ? (faut-il retenir quelque chose?) ou lettre d’amour à R.

Que retenir de 2017 ?

(faut-il retenir quelque chose?)

ou lettre d’amour à R.

 

Rome, forcément.

La ville des terrasses, des lumières, de l’élégance et de la joie de vivre.

 

Le Kenya.

Indubitablement.

Grandeur, beauté, majesté, sourires pleins, humilité. Humanité humaine, non loin des grands animaux qui paissent, qui passent, qui s’inquiètent un instant, vous considèrent longuement, belle girafe, reine aux longs cils, puis vont vers mieux à faire, un point d’eau, quelques branchages, un petit.

Polé polé, hakuna matata, je n’oublierai pas.

 

Rochefort, à double titre.

Rochefort pour Jean, ce comédien que j’aimais particulièrement bien. Et maintenant que j’y repense, cette stature, cette allure, cet œil bleu qui savait être malicieux, cet humour, cette culture, cette classe, cet air anglais, cet air ailleurs, un peu fou parfois, cette absence, c’est tout toi, sur qui j’ai fini d’écrire, mon père. Toi tel que je te pressentais, au plus haut degré de tes possibles. Toi, c’est Jean Rochefort bâillonné.

Et puis Rochefort, la ville, mon amour impossible, ma fiancée perdue, avec ses grandes et larges avenues, où il faisait bon respirer un air différent d’ici. Des rues où tu pouvais danser au milieu, laisser le soleil t’éclairer de ses pleins feux. Des rues, une architecture si carrées, que l’imaginaire peut s’y dérouler sans s’y cogner. Tels des rails sur lesquels les trains du rêve défilent…

Pourquoi cet attrait pour la petite sœur mal aimée de La Rochelle ? C’est ce mélange justement de lumière et de vent, ce corsage ouvert, cette armature qui se laisse faire…. et puis la Place Colbert, où je me sentais si bien. Pas d’explication. Rien, si bien. Pas éprouvé ça à Carcassonne où « j’aurais dû » l’éprouver. Trop de monde, trop….

Non, j’éprouve ce sentiment étrange de revivance, de reliance à « quelque chose » de ma, de mes vies, là, loin du sud béni (lorsque j’ai dit que j’allais te voir dans le sud-ouest les vrais du sud m’ont dit que tu n’étais pas vraiment de la famille….)

Ah voilà, c’est ça, toi aussi, tu n’es pas vraiment « de la famille », tu t’es toujours demandée ce que cela signifait et tu te le demandes, encore en ces jours de fêtes où les gens du même sang mangent, siègent et festoient …Tu ne l’as jamais compris et ne le comprends décidément pas. Sans passé, c’est ça. Tu n’as pas d’ascendants, comme moi. Tu n’es pas encore du sud, plus vraiment du centre. A jamais différente, née d’un projet fou, surgie d’un fantasme humain, sans légions, sans châteaux forts. Idée germe qui a fusionné avec le ciel pour exploser. Rêve réalisé. Tu as atterri là, comme une fusée venue d’ailleurs, tu t’es plantée dans la vase et, tel le lotus, t’y es épanouie.

Oui, tu sembles exilée d’un ailleurs qui t’appelle là-bas, La Fayette, La Fayette !! La belle Hermione, qui paresse langoureusement sur tes quais, se moquant de tous ses courtisans, en est le symbole profond. Enlisée dans tes marais, tu entends l’appel et décolles à grands frais, la mer ne lèche pas tes pieds mais elle règne sur tes pensées. Le voyage n’est pas aisé mais il se fait toujours. Avec sueur et petits pas, mais il se fait.

Rochefort, ville riche, pauvre et fière. Ville de dorures et de folies, tu me ramènes à Tahiti avec Loti, tu me ramènes à la Guyane. Par tes allées aux hanches larges et généreuses, je me suis souvent crue Place des palmistes « là-bas »… Tes palmiers, oui, tes palmiers dans l’air iodé, le mélange de tout cela. Ville en sommeil qui se réveille. Ville en soleil, la plus belle pour aller danser, en plein été quand les pierres des hôtels privés pâlissent…

Rochefort, ville que je n’attendais pas, c’est ton nom-même qui me donnait des forces, aussi, je crois. Je ne t’oublie pas, je ne suis pas très loin de toi. Plus près des anges sans doute. Le nom des lieux où j’ai vécu raconte ma vie.

Rochefort, ville espoir, ville transit, ville du faux nouveau départ, je reviendrai te voir souvent. Promis. Ne m’oublie pas, toi.

Je ne pensais pas tant écrire sur toi, mais voilà….Il fallait que la tristesse de te quitter se dise en ces temps de responsabilité requise et de pragmatisme des choix.

Ah, j’oubliais la qualité de vie que j’avais avec toi. L’appartement baigné de lumière du matin au soir, la respiration, le sang dans les veines de cette nouvelle chaleur-là, sans frontière à mes regards. La mer non loin, le sable retrouvé. Cette énergie, cette douceur là… Et puis, le cinéma à deux pas, le grand marché qui dévorait joyeusement ton coeur avec ses couleurs, ses huîtres, ses légumes primeurs, ses poissons frais, et puis la Corderie…

Et puis les trois librairies (trois, je crois défaillir!), trois lieux où feuilleter tranquillement un livre, le humer, le laisser vous séduire, le palper, le pénétrer doucement, sans tout déflorer… Ah, le délice de ces instants passés, retrouvés, ambiances feutrées… heures envolées… impossible ici, au coeur des champs de betteraves embrouillardés de cafard et de volets fermés. Impossible. l’Amazone peut roucouler, j’aime qu’on me fasse une cour plus assidue que ce coïtus interruptus postalisé, désincarné, dés……

Ah, et puis les macchiatos et les bières ambrées du Café de la Paix… s’y poser avec délectation, comme une récréation, un oasis. Un poste de recueillement et d’observation. Cocon ouvert. Un planisphère où parcourir le journal, écouter les nouvelles du coin, échanger des banalités qui font du bien, se laisser glisser dans un grand fauteuil, regarder George Michael, David Bowie ou Freddy ne jamais mourir et être bien. Enfin bien…

Tu n’es même pas belle, tu es plus que jolie, tu es toi. Avec tes délabrements, tes effarements, tes pertes de vue et tes soudaines joies. Tu es surprenante, attachante, tu es vivante, tu te bats. Sous tes airs royaux, une pulsation simple, une vague qui me prend le coeur depuis le jour où je te découvris. Et tu sais que contre ces choses-là….je ne me débats pas.

Oui, je sais Rochefort, ce que je te dois : une réconciliation d’avec la Ville, d’avec la Vie. Moi pour qui la campagne a été tout et qui a manqué y mourir par asphyxie, solitude, dégoût, ennui et mélancolie. Oui, étrangement, moi « l’écolo », les Cévennes serrées en bandoulière depuis les marches premières sur les G.R. de la libération intérieure, oui, étrangement besoin d’une ville, maintenant. D’une petite ville (ne le prends pas mal, tu sais combien je t’aime et me fous des orgueilleuses inhumaines ). Oui, une ville où marcher, se balader sans que cela ne ressorte de l’exercice obligatoire de fin de journée. Une ville où la surprise peut surgir au coin de chacun de ses angles droits. Trop droits pour n’en être pas voies.

Rochefort, tu m’as ramenée vers la Lumière et vers les Hommes, j’ai commencé à revivre grâce à toi.

Voilà.

La pudeur des amoureux veut que j’en reste là, abruptement, pleinement Là.

Camilleplage fouras oct 15

PS1A bientôt. Prenez soin de et cætera !

PS2 Rappel : pour ceux qui n’ont pas eu le temps, allez voir « Au revoir là-haut ! » le film de Dupontel dont j’ai déjà parlé, il le vaut !!

PS3 Tu vois, B, j’écris toujours !

PS4 Les deux vidéos sont captées à Rochefort, évidemment. Mettez le son à fond pour la première. La photo est prise non loin de là…

La tête sur ton épaule.

Journée à Paris

Champs Elysées ensoleillés

Didier au sommet de sa forme (et de ses formes !) dans Plug and play, court métrage sans réserve hâtive.  Talent multiphasé.

Puis rencontre impromptue avec un p’tit gars monté de nos campagnes direct vers la maison du Danemark où il virevolte entre les touristes, plateau à bout de bras, comme un roi ! Comme quoi…

Descente vers les Tuileries, le Louvre, Palais Royal, l’occasion de revisiter le parcours de « La Pyramide » vingt ans après…Avec un arrêt chez Lutens, le Maître classe et austère dont le parfum est à damner les plus saintes….

Un journée comme il faut en vivre, une journée à croquer. La tête sur ton épaule.

La forme de mon désir (Nouvel Extrait)

Puisque j’observe que l’extrait d’hier vous a beaucoup plu, en voici un autre ce matin.
Je vous rappelle que si vous cherchez « La Forme de mon Désir », déposez juste un message sur ce blog ou sur le mail en marge en vérifiant que les espaces ont disparu bien sûr…
Ensuite on s’occupe de tout avec Sylvain.

Bon lundi au soleil à tous.

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« Dans le train, tu as écrit « J’ai une surprise pour toi ». Les surprises je n’aime pas ça en général. La déception est souvent au bout. De sombres affaires de goûts. Passons, puisque c’est toi. Je passe avec toi sur trop de choses… J’aime ça !
Au milieu du hall, on s’étreint. Reste de pudeur en moi. Enfouissement dans ton cou. Fermer les yeux pour te rejoindre au plus loin, au centre de nous.
On émerge, on se reprend. Pas de métro, direction le soleil, les avenues, la foule, la chaleur… Mais nous, mais toi, mais nos mains qui ne se quittent pas.

Je t’Amazone
Tu me Pompéises
Je te Sorbonne
Tu m’exorcises.
Tu m’exacerbes
Je te focalise.

(…) Je suis prête à m’arrêter, te planter là, te laisser poursuivre ton errance quand miraculeusement un estaminet, près du théâtre de la Renaissance où Michèle Bernier une énième fois défie la cinquantaine, te ravit.

(…) Tes mots attestent la sentence : « Va aux toilettes. Ôte tes vêtements. TOUS. Et mets ce qu’il y a à l’intérieur… »

Camille

Etat des lieux

J’ai trouvée mon invitée sur FPP, une sacrée bonne femme pas formatée !

Bon, c’est pas le tout mais ces êtres-là sont imprévisibles, souvent.

Donc, je suis à la fois heureuse et fébrile parce que la vie à l’état brut ne se laisse pas si facilement contraindre dans des cadres, si laxes soient-ils…

En même temps, c’est chouette et je n’aime que ça !

Bon, si vous y avez compris quelque chose à cet état d’esprit kaléidoscopique, tant mieux pour vous !!

Parce que moi…

PS : Profitez du soleil, parce que celui-là aussi n’en fait qu’à sa tête !

Chronique du film « Sous le figuier »…

« SOUS LE FIGUIER »

Vous voulez avoir une idée du soleil, mirez-vous dans les yeux dans le sourire de Selma.
Gisèle Casadesus, divine jeunesse de 98 ans, réussit à redonner foi en la vie à trois personnages: deux femmes et un homme, de trente à cinquante ans, perdus dans leur vie après laquelle ils ne cessent de courir, faute de la vivre.
Ce n’est qu’à l’occasion d’une rupture dans leur train-train qu’ils vont être amenés à lâcher les rênes et à se poser enfin les bonnes questions loin des bads vibrations.
Le départ d’un travail qu’elle ne comprend plus, pour l’ainée du trio, dont elle ne maîtrise plus les règles : chef dans un grand restaurant, adepte d’une cuisine traditionnelle, elle fuit devant l’invasion de la cuisine fusion, (tout comme elle fuit d’ailleurs devant l’amour ressenti comme une prison)…
Le renvoi incompréhensible pour le quadra, père de trois fillettes, qui assure plutôt bien…
L’échec de son couple pour la trentenaire…
Tous les trois sont amenés à se retrouver ensemble, l’espace d’un été, pour accompagner une vieille amie sur le chemin de la mort.

Ce n’est pas triste, jamais, c’est profond! La nuance est de taille.
Toujours lumineux grâce à la présence irradiante de Selma, qui réchauffe tout ce petit monde, jusque dans ses derniers instants, bénissant ses petits endormis sous le figuier comme une papesse à sa loge baignée de soleil après leur avoir livré les clés d’une vie vraie.

En gros, toujours les mêmes ingrédients, si simples qu’on les oublie.
Vivre au plus près de ceux qu’on aime, capter leur odeur, leur chaleur, profiter de tous les bienfaits de la vie jusque dans ses détails les plus infimes…
Préférer se réveiller face au soleil plutôt que dans une belle alcôve…
Rester vrai et honnête dans ses rapports avec les êtres (ne pas faire payer la partie de voyance quand elle ne voit rien).
Selma dresse la liste de tout ce qu’elle aimerait faire une dernière fois : voir Mikhaïl Barychnikov danser, se reposer sur l’épaule d’un homme, aller prier, dormir sous une tente dans les vignes… Choses simples autant de talismans délivrés à ces trois citadins pressés qui vont peu à peu se les incorporer les laisser infuser dans leur propre vie.

« A mon âge, on apprend à lâcher » dit Anne Consigny.

Oui et loin d’être une douleur, c’est une délivrance…
Le film retrace les étapes, le lent mûrissement de chacun. La chef va perdre de sa superbe et se laisser fléchir vers l’amour (belle scène d’intimité partagée entre les deux vieux amis). Elle va aussi apprendre à laisser tomber son armure face au homme (« la femme qui assure » sous entendu seule contre les hommes, sans avoir besoin des hommes etc…). Elle apprend de la vieille dame, La Princesse, la séduction douce, ce qu’elle nomme encore « minauderie», ou comment redonner à l’homme ses habits de chevalier servant qu’il est d’ailleurs prêt à endosser plutôt que d’avoir affaire à des viragos désabusées, frustrées et revendicatives… Hardworker, perpétuellement dans le combat. On perçoit qu’elle va peu à peu en apprécier la douceur… Jusqu’à songer à devenir chef dans un petit resto de campagne…
L’homme, tendre et déboussolé, le quadra sympa papa j’assure avec mes trois filles, combat sa lâcheté, ses peurs et se laisse lui aussi embarquer par la présence apaisante de Selma.

Mais celle qui m’a le plus bluffée, c’est Marie Kremer,l’actrice trentenaire qui pour la première fois, a réussi à me communiquer son stress par pellicule interposée. Elle couvre une large palette de jeu et s’en tire à merveille. C’est elle qui semble muer le plus vite. Tour à tour butée, perdue, jalouse, stressée, égarée, désarmée, joyeuse, amoureuse, gaie… elle imprime une fraiche énergie à ce film élégant, baigné de lumière, apaisé comme ses héros.

Leçon de vie comme autant de koans d’un maitre spirituel :
Selma -Pourquoi vous empêchez-vous de vivre ? Pourquoi avez-vous peur de vivre ? Tu ne veux pas aimer ?
Nathalie -Si, mais je ne veux pas souffrir.
Selma –Alors, renonce à aimer !

Le maître mot de ce film lumineux et gai semble être l’acceptation. De la vie, dans tous ses aspects. Et se laisser la chance de vivre pleinement les bons moments. Sans plus se presser. Et laisser tomber les portables qui nous rendent aveugles au moment présent et nous rattachent au monde des absents.

Camille Arman 23 Mars 2013