CONSTELLATIONS

Un couple, plusieurs possibilités.

Plusieurs voies, plusieurs variations.

Cela dépend du temps, du ton.

Du geste, ou non.

Du trop de mots ou du trop de silence.

Nick Payne brode sur ce motif éternel un liseré nouvel. Un crescendo désaccordé. Un retour au point reset, juste pour voir, la suite ou non de l’histoire…

https://vimeo.com/253660963

La physique quantique est à la mode. Un duo d’acteurs épatants (Noémie Gantier et Maxence Vandevelde) nous entraîne d’emblée dans cet univers vaste et troublant. Quelques abeilles et faux bourdons s’en souviendront.

Coïncidence des parallèles… Un signe vers toi, sublime dans cette interprétation.

Camille

 

LORENZACCIO

LORENZACCIO d’ALFRED DE MUSSET.

mise en scène Catherine Marnas

 

 

Cycle du pouvoir, pouvoir des cycles et des recommencements.

Quand vouloir laver plus blanc brûle le coeur, arase tout, laissant place à la mort et au néant d’un monde qui s’en fout. Continue à tourner « comme avant » au gré de ses intérêts, de ses ivresses et de ses bégaiements.

Lorenzaccio s’est donné une mission : tuer le tyran. Pour cela, il est prêt à toutes les compromissions. Tous les oublis, tous les bains de boue.

La révolution gronde, on le sent dans l’air qui passe. Des groupes se réunissent Florence frémit, prête pour sa délivrance. En route vers des temps nouveaux, des temps différents où le peuple criera « bravo », où les tueries cesseront, où… quel beau scénario !

L’innocent, qui ne l’est plus depuis longtemps, sort de sa bauge et joue le rôle qu’il s’est écrit jusqu’au dernier vibrato. La fin est cruelle. Musset était-il trop lucide ?

Désenchanté oui, c’est ça, désenchanté. Lorsque les voiles tombent, il n’est plus l’heure de rêver.

Pour s’attaquer à cette pièce « monstrueuse », il fallait du coffre. De l’énergie à pleins bras, à pleins poumons. Ils en ont. Tous. A cent pour cent.

Saluons toutefois particulièrement les performances de Jules Sagot dans le rôle titre, qui déploie avec fougue l’éventail de ses talents, ainsi que la subtile rouerie distillée goutte à goutte par Francis Leplay dans le rôle du Cardinal Cibo. Sans oublier Franck Manzoni qui porte brillamment jusqu’à nous les tempêtes sous un crâne d’un père, d’un humaniste et d’un penseur. Tous trois crucifiés sur l’autel du réel. 

La mise en scène peut dérouter au premier abord, puis on se laisse couler dans les eaux troublées de la quête obstinée de Lorenzo, tour à tour bouffon, mignon du roi, enfant au regard triste, jeune homme révolté. C’est une version décapante, abrasive, sans apprêt, de la pièce de Musset. On a aimé !

Camille Arman.

 

 

 

 

 

 

 

Orchestre Titanic

orchestre-titanic-1

Un temps en apnée. Une gare désaffectée. Quatre énergumènes en déveine..

 

Un chef autoproclamé, Meto, un ancien chef de gare, Louko, second d’office, puis vient le deuxième cercle, celui des suiveurs , Doko, un « ravi de la crèche» doux et rêveur, une femme déboussolée Lubka.

 

orchestre-titanic-2Ils attendent un train va passer, va les emmener vers un avenir radieux vers un paradis où seront exercés tous leurs vœux… Ils rêvent, répètent l’assaut, peaufinent le scénario…

 

orchestre-titanic-3Le train, passe enfin. Long flash de lumière… Il est passé sans s’arrêter, seules quelques bouteilles sur leur tête attesteront de son passage. Plusieurs passeront ainsi. Emmenant les élus. Laissant sur le quai les exclus … Vraiment ?

 

Qui est élu, qui est exclu ? Et si ce spectacle ne se jouait que dans nos têtes ?

 

Nos amis restent là, atterrés sur le quai. Puis ils reprennent quasi instantanément leurs chamailleries, leurs beuveries, jusqu’à l’arrivée de Hari (Olivier Cruveiller, magistral!) magicien illuminé, selon ses faux papiers d’identité, capable de faire paraître et disparaître l’ours perdue de Doko, de remettre en cause la réalité telle qu’on nous l’a vendue, jusqu’à l’idée même de la mort.

 

Cela ne se fera pas sans casse, sans cris sans vacheries, oui car sur le plateau nous voyons tous les visages de l’humain apparaître et disparaître, jouer à se mentir, jouer à se jouer aussi.

 

Et un jour le train s’arrête. Et..vous verrez !

 

Oui, venez les voir jouer au jeu de la vie avec ses outrances et ses désespoirs, ses petits au-revoir , ses douceurs, ses folies… Venez vous émerveiller du jeu des ces merveilleux farceurs et plus particulièrement de la délicatesse avec laquelle Christian Pageault sert son Doko, bouleversant de candeur. Venez vous en sortirez la tête nettoyée d’une couche de fumée noire, dernier vestige d’une loco du passé dépassé.

A partir du 10 janvier jusqu’au 5 février 2017

Tel 0143749961

theatredelaquarium.com

theatre-aquarium

Camille

a-de-arman (2)

Quand le diable s’en mêle

 

Allez , après Singer on va voir du Feydeau, on casse le rythme, on fracture les habitudes, on tranche dans le gras des prélats de nos cerveaux las!

Allez, on scalpe les bouchons, on bloque les aiguilles des horloges juste le temps de nous laisser le temps de franchir  le mur du silence du Théâtre de l’Aquarium, qui retient son souffle, tout entier recueilli dans la peur, l’angoisse et la joie mêlés de ce qui va naître et surgir derrière ce rideau, sur ce plancher nu, cette boite à malice d’Alice ou de quiconque ouvre ses quinquets un peu plus large que ses rétros…

Vade retro Satanas!

Justement le voilà, celui qui mènera la danse des couples ce soir!

De la valse du patineur en lamentations majeures d’une ex jeune fille en pleurs, aux « non! » entêtés d’un garçonnet qui ne veut pas tourner autour du pot comme sa maman le voudrait, en passant par un Louis Quatorze égaré dans le lit de la solitude incarnée ne subsistant que de reproches et de sanglots.

Ah si la mère de madame mourait, ah si l’enfant naissait, ah si un autre allait sur le pot, comme tout referait un temps sens, comme tout serait un temps nettoyé, balayé, comme tous dans les bras on pourrait se jeter…avant que tout ne recommence, une nouvelle danse, une nouvelle virée, un nouvel accroc à l’ordonnancement du monde comme on l’a décidé du haut de sa robe à fleurs ou de son grand chapeau!

 

Feydeau est imparable pour souligner ainsi nos petites malversations avec la vie. Autre temps, autres mots, autres chapeaux mais pas moins de servitude volontaire ni d’yeux dans les phares abrutissants d’un univers quotidien qui de cocon se mue immuablement en prison si on se laisse guider par le douceureux et sinistre refrain du train qui passe, par les vapeurs distillées par tous les diables aux fenêtres..Trois petits tours et ils sont repartis faire leur oeuvre d’anesthésie ailleurs…

Constat en demi teinte sur l’humanité mais beaucoup de rires dans la salle.Oui le théâtre est un reflet, reflet reflet….

Public varié hoquetant devant les facéties de Satan -Philippe Bérodot magistral!- et les sauts à pieds joints de ses souffre-douleur : Thierry Gibault impayable Mr de Champrinet avec ses tics ses cartes et son ego tiré à quatre épingles. Clotilde Mollet, Mme Follavoine touchante jusque dans ses grands décollages. Luc Tremblais très attachant Mr Toudoux. Océane Mozas remarquable Yvonne, image statufiée de la femme en voie de glaciation.Lisa Schuster une Annette qu’on aime voir réveillée encore et encore. Jean Claude Bolle-Reddat, un Lucien plus vrai que nature…

Oui, tous nous servent le souper d’une certaine bourgeoisie d’un temps enfui qui résonne encore si fort aujourd’hui : juste d’autres masques, d’autres facéties…

Alors….

…Si vous êtes non loin de Paris, c’est jusqu’au 1 er Octobre à L’Aquarium (01 43 74 99 61),   Merci à Didier Bezace d’avoir réuni ici ces talents!

 

 

 

 

El Duende

EL DUENDE

 

Que dire de l’intraduisible, de l’indéfinissable

Du charme fou, de l’introuvable, de l’indomesticable

De la liberté même.

Légère et nue, pesante et torride, brûlante et profonde.

Vénéneuse et fragile.

 

Que dire de ce qui semble oxymore et n’est que vibration pulsée du fin fond de la terre

Jusqu’au ciel éperdue….

Voilà, vous y êtes exactement !

Là, non loin du Duende : perdus !

Perdus dans ce cercle sans fin, dans cette partance sans retour, dans cette danse…

Perdus et extrêmement au centre de tout.

Magnifiquement perdus dans ce qui ne se recommence jamais, dans ce qui se moque des attraits, de la jeunesse, de la mode et du style, de toutes ces ruses et parures….

Nous sommes dans la « moelle du style », perdus dans le duende, perdus dans ce non-lieu, lieu de l’Unique, lieu du mystère, que malheureux et pitoyables humains nous ne faisons que frôler….

Le duende vole dans l’air, se pose où il veut et comme il veut et quand il veut… comme l’espiègle  mouche Pedrito (Chut, vous la découvrirez!)

Comment parler du mystère, du charme qui se dégage de ce duo ?

Comment parler d’une alchimie qui relie rire et musique gitane ?

Comment parler de la douceur, de la finesse d’un accord, d’un glissement de pied ?

El Duende 2

Pour Lolo (Marcos Malavia, magnifique) la silhouette de Charlot passe parfois dans nos esprits, sa délicatesse, sa tristesse, son humilité, son habilité, sa rudesse aussi… mais c’est oublier le duende qui brouille les pistes, les références, explose les tiroirs et leurs papiers bien rangés.

 

El Duende Pirai Vaca

Pour José à la guitare (Pirai Vaca, magique) c’est la passion incarnée. La possession, la dévoration, l’amour infini d’un instrument dont il est le serviteur agenouillé, à jamais épris. Brûlé de l’intérieur par ce son noir, ce sang noir, cette mort qui ressemble de si près à la vie.

 

Espagne torero, Espagne du sud, Andalousie où des danses des chants où des rires des larmes, des alarmes et des cris se mêlent aux dieux. Se mêlent au sable, se mêlent au vin et aux courbes des femmes, éternels errants tendus vers une quête infinie….

Beauté. Intensité. Spectateurs bouche bée, enfants et adolescents compris !

Normal, quand la vie se joue, se donne à voir, se partage ainsi on se sent plus… on se sent mieux… On en ressort grandis. De la gratitude plein le cœur.

Entrevoir le duende, puiser à cette grâce nous rend plus humains. Monsieur Lorca, et vous deux, messieurs clowns acteurs joueurs musiciens, pour cette mise en vie en énergie en son et en images, merci !

Afin de vous donner une idée du jeu  éminemment habité de Pirai, voici cette vidéo (qui ne fait pas partie du spectacle)…

 

 

Portez-vous bene!

 

Camille Arman

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Illusion

Quel festival de vitalité, d’humour décalé, de sauts de puces, de kangourous et d’entrechats pas mous!

 

Spectateurs qui entrez ici, lâchez tous vos repères et laissez vous porter, vous entrez dans une zone de turbulences de poésie et d’hilarité.

 

Il n’y a rien à dire car ce spectacle échappe à tout répertoire, il balaie un tel panel d’émotions tout en creusant aux profondeurs de l’être que l’on en reste coi et gai.

Bravo à tous ces jeunes comédiens, musiciens, chanteurs, danseurs qui impulsent par leur foi et leur diversité une force phénoménale à ce texte d’Ivan Viripaev, expert en jeux de miroirs, cassages de poncifs et dégringolades en escaliers!

La mort n’est plus la mort et la vie n’a peut-être jamais existé telle qu’on l’avait envisagée!

 

J’ai ri . J’ai adoré!

Des lycéens rétifs se sont laissés prendre au piège. C’est un bon critère d’excellence, ils sont implacables.

Alors…. Courez-y, avant le 24 Avril!

Camille

a-de-arman (2)

4.48 Psychose, la danse transée…

 

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais du texte de Sarah Kane dans un précédent post de mars 2015 relatant la merveilleuse mise en scène d’Ulysse Di Gregorio au Théâtre de L’Aktéon à Paris. Alors replonger dans cet univers un an après, pas forcément envie…

Et puis, décidément il y a des périodes comme ça dans la vie où on replonge, c’est ainsi !

Et là waouh ! Pari totalement inverse : là où régnaient la captation, la prise au corps et au cœur, règnent la folie douce, la transe première, la danse dernière…

4.48 fev 2016

 

 

 

 

 

La musique, la musique qui souligne, accompagne, précède et suggère ce que la bouche de Sarah (tendre Sara Llorca) ne peut, ne veut, ne sait plus dire : la violence reçue, l’amour déçu, et la haine, la tendresse, les cris oubliés…

 

La danse, la danse, la danse qui transcende les états internes, les intègre au monde, les rend à la terre, aux battements premiers de l’humanité. Le corps souple et fiévreux de l’ange noir (Delavallet Bidiefono, incomparable…) échotise les rages, électrise les pulsions de l’internée.

Quand la folie dit des vérités inaudibles, masquées par le monde médicalisé, il ne reste plus que l’alternative du ciel et de Dieu. Seul Dieu peut entendre certaines phrases.

Dieu et l’Amour. Dieu qui se confond avec l’amour. Dieu est l’Amour, la trappe céleste, le seul recours, l’ami auquel s’adresser quand tout se referme autour. Et Sarah d’embrasser l’ange, son messager, dans un chant sans retour.

Un chant si tendre, un duo doux. Doux comme le sang qui coule et déborde des veines de Sarah la sauvage, l’inadaptée. Dans les veines de l’Afrique charnelle, protectrice, maternelle qui susurre : « Non tu n’es pas abandonnée ».

Alors irrésistiblement Sarah se penche, lâche les voiles, partage la berceuse.

Elle chante avec l’ange. Tendresse. Unité.

 

Alors le grand Départ peut s’effectuer. « Départ » au premier regard, mais retour en réalité vers le sein premier. Ce n’est pas un au revoir, non, c’est un retour au port par vent calme après une traversée agitée.

Au final, côté spectateur, à l’issue du crescendo, la même crampe au ventre et au cœur, la même émotion en douceur…

Et sur les lèvres un seul mot : Bravo !

 

 

Portez vous magnifiquement bien.

Camille

a-de-arman (2)

Au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie, jusqu’au 21 février.

Du mardi au samedi 19h, dimanche 17h

01 43 74 72 74

Un aquarium, ça accueille des poissons ou des bateaux gonflables, dis Madame?

Un bassin de vie doit-il devenir un marécage?
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Pour y avoir vu tant de beauté, je relaie….
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Prenez le temps, c’est pas du Hulot mais c’est tout comme, c’est la culture qu’on bâillonne..
 .
« COMMUNIQUE DE PRESSE
COMPTE À REBOURS POUR LE THÉÂTRE DE L’AQUARIUM !
.
Depuis que la DGCA (département du spectacle vivant du Ministère de la Culture) a annoncé en juin dernier à François Rancillac, qu’il devra quitter la direction du Théâtre de l’Aquarium à la fin de cette saison, la mobilisation a été aussi nombreuse qu’intense :
plus de 7000 signatures à sa pétition (sur Change.org), plus d’un millier de mots et lettres de soutien venant autant du public, de la profession que du monde politique, des dizaines d’articles dans les media, etc.
 .
Mais rien n’y fait : la DGCA continue à vouloir imposer un tout autre avenir à l’Aquarium :
– Transformer ce théâtre ouvert aux artistes (associés et invités), à la musique, aux écritures contemporaines, aux pratiques amateurs, à la jeunesse de demain (via notamment le Festival des Ecoles) et investi dans un intense travail de sensibilisation auprès des lycéens de la banlieue Est,
– en «phalanstère à compagnie » (sic) : un seul artiste ou collectif bien «coté » y déploierait son seul travail en résidence (puisque, semble-t-il, la direction du lieu ne lui reviendrait pas en propre – ce qui permettra à la DGCA de changer plus facilement d’artiste ou de collectif, quand sa cote viendra à baisser !). Et ce modèle de « garage à compagnies » (pour appeler un chat un chat) est explicitement conçu pour être déployé sur tous les autres lieux de la Cartoucherie, une fois libérés de leurs actuels habitants…
 .
Le projet de François Rancillac, mis en œuvre il y a juste six ans par l’équipe de l’Aquarium et ses artistes associés, a absolument besoin d’encore trois saisons pour consolider sa dynamique – avant d’en transmettre le flambeau à un(e) autre artiste aussi attaché(e) aux valeurs du théâtre de service public et au souci d’ouverture et de partage. C’est la raison d’être de cet Aquarium si singulier, tel que l’ont imaginé ses fondateurs (qui soutiennent absolument François) il y a déjà 50 ans (cet anniversaire sera d’ailleurs dûment fêté du 2
au 8 novembre en spectacle, concerts, rencontres et bal !).
 .
A l’heure où tant de lieux sont menacés voire fermés en France (et en Europe) par des politiques rétrogrades et populistes ; à l’heure où règnent le repli sur soi, la peur de l’Autre et le déni de la diversité humaine ; au moment où l’Assemblée Nationale vote enfin une loi protégeant la liberté artistique, est-il vraiment judicieux de briser net une aventure pariant sur les forces vives de la création offerte, en toute générosité, à la curiosité et à l’intelligence des spectateurs de tout âge, de toute condition ?
 .
Madame la Ministre de la Culture devra trancher d’ici la fin du mois d’octobre…
 .
Paris, le 8 octobre 2015
Théâtre de l’Aquarium
– La Cartoucherie – route du champ de manœuvre – 75012 Paris »
 .
.
Portez-vous bien, droits, fiers comme des petits bancs etc…
.
Camille
a-de-arman (2)

Encore une contribution à la culture pour tous…

LoupJe vous passe tel quel ce communiqué navrant.

« François Rancillac est remercié par le Ministère de la Culture et devrait quitter la direction du Théâtre de l’Aquarium en juin 2016   Sous l’impulsion de François Rancillac, le Théâtre de l’Aquarium déploie depuis six ans un intense projet en direction des compagnies, des artistes de théâtre et de musique, des auteurs, des amateurs, des comédiens en formation, des publics les plus divers et notamment les adolescents. Ce projet (pour lequel F. Rancillac a été choisi en 2009 par le Ministère de la Culture), qui associe donc au quotidien création et transmission, qui est aussi fidèle aux valeurs fondatrices de ce lieu historique qu’aux missions de « service public » promues par le Ministère lui-même, ce projet en plein essor est aujourd’hui remis brutalement en question et sans motifs par les services de la Direction Générale de la Création Artistique, qui imposent à F. Rancillac de quitter son poste en juin 2016. Pour quelle suite à l’Aquarium ? Rien n’est bien clair. On évoque d’abord une diminution du subventionnement du lieu (pourtant déjà tellement insuffisant !) puis sa transformation probable en simple lieu de « fabrique » ou de résidence de compagnies. Serait-ce d’ailleurs un modèle qui concernerait à moyen terme tous les théâtres de la Cartoucherie ?

L’association et l’équipe du Théâtre de l’Aquarium ainsi que ses fondateurs expriment leur plus grande inquiétude pour l’avenir de ce lieu si riche par son histoire et ses promesses d’avenir. Ils demandent que le projet proposé par F. Rancillac pour les trois prochaines années de conventionnement soit enfin étudié par les services compétents, et que l’Aquarium reste absolument le théâtre à part entière qu’il est depuis 43 ans, au sein de la si précieuse Cartoucherie : un théâtre de service public, dévolu à des œuvres engagées et généreuses, adressées en acte à la diversité des spectateurs de tous âges, de toutes cultures, venant d’Île de-France et d’ailleurs. »

Pourtant… Il est urgent de défendre ces valeurs, vital de renverser la vapeur!

Camille Arman a-de-arman (2)

Tristesse Animal Noir

 

 

tristesse animal noir affiche

 

Une forêt. Quoi de plus sympa qu’une forêt pour aller se ressourcer entre potes un jour d’été ?

Y passer la nuit, même, tiens ! Retenter l’expérience. Renouer avec des brins d’enfance éparpillés, qui sait ?

 

Ils sont prêts à tout dans ce minibus orange, ils ont tout prévu : coca, saucisses, vin. Barbecue. Ils ont tout prévu. Tout. Trop. Tout prévu. Sauf la fin de tout. La fin de ce tout qui tresse les fils de leur quotidien, jalousie, amours enfouies, amour enfui, amour qui s’éteint. Amitiés qui s’étirent, se déchirent. Piques assassines sous traits d’humour badin.

tristesse photo 1

Tout prévu sauf l’impossible. Tout prévu sauf le mur de feu qui les embrase, corps et âme. Tout prévu, sauf son travail de sape méthodique qui par vagues successives, menant le spectateur au cœur de l’horreur, calcine tout ce en quoi il ne se reconnaît… tout ce qui était informe, déjà cassé, mort-né.

Il fait surgir l’informulé dessous les plus banales phrases. Il fait les mains se rencontrer, s’étreindre jusqu’à n’en plus revenir qu’en sang, ensanglantées. Creusées par la vie de l’autre qui se meurt. Mains réceptacles, mains cendriers.

 

 

Alors, aller jusqu’à l’os. Jusqu’à la lumière. Là où ça broie, là où ça fait mal. Aller vers le lieu d’où on ne peut plus reculer. Lieu de l’impossible, lieu du « plus jamais ». Lieu sans pitié pour les sacrifiés.

tristesse photo 2

Texte incandescent porté par des acteurs irradiés. Puissance du jeu, esprit de chœur, ferveur. On sort de ce spectacle, lavé de l’intérieur. Remué, certes, mais pas désespéré. Au cœur des flammes, la lumière. Au cœur du tragique, une forme de vérité âpre, sans colifichets.

 

Quelque chose pulse encore, on le sent, on le sait. La vie qui fraie son chemin coûte que coûte. Les pleurs naissent et les artistes créent. Même blessés, même brûlés. Même amputés.

 

Bref, un spectacle complet, une quasi-féérie : jeu, lumière, son, vidéo. Cette dernière, chose rare, n’est pas superfétatoire et apporte un juste contrepoint au récit. Duquel, on ressort… vivifié !

Oui, vivant. Terriblement vibrant !

tristesse photo 3

Merci à tous pour ce respect du public. Merci pour votre générosité. Merci de nous donner à vivre, à respirer, ces mots sortis d’un enfer si terrifiant qu’il en frôle un possible paradis.

 

Camille

a-de-arman (2)

LA PLACE ROYALE

LA PLACE ROYALE de Pierre Corneille

Mise en scène de François Rancillac

La place Royale Théâtre de l'aquarium

 

A qui se donner ? En qui se perdre ? Se perd-on si on aime ? Et si on renonce à s’abandonner, que gagne-t-on ?

La liberté, la solitude, l’allégresse d’une heure, d’une journée ?

De quel cher prix payée ?

Toute une vie à regretter, toute une vie à errer, à chercher l’être perdu à jamais, l’amour rageusement piétiné, crânement cédé, délicieusement déchiqueté.

Pour la jouissance d’une victoire -sur l’autre, sur soi, ou plus certainement sur les fantômes qu’on abrite, qui nous manipulent sans pitié et si aisément- pour un élan de gloire infime, que de crimes intimes, que de drames, de parjures, de revirements…

Qu’ils nous sont familiers ces personnages, qu’elles nous sont familières ces questions ! En ces temps d’individualistes revendications, qu’il semble pathétique, Alidor… et pourtant proche, si proche de nos contemporaines interrogations !

J’y va-t’y, j’y va-t’y pas ?

Ceci resterait une valse-hésitation cocasse si au bout du compte, Angélique fidèle à son prénom….

Je ne vais pas tout vous révéler ici, sauf que Corneille a tout pour plaire et qu’il est bon de nous le rappeler de si plaisante manière. Le thème, la langue, le jeu des acteurs, tout est puissant et enchanteur.

Linda Chaïb, délicieuse et énervante Phylis; Hélène Viviès, Angélique, l’ amoureuse crucifiée; Christophe Laparra, Alidor, traître qu’on aime détester; Assane Timbo, Cléandre, ce si souple ami qui épouse admirablement le mouvement de la vie; Antoine Sastre, habile chorégraphe de benêts patentés; Nicolas Senty, Doraste ou l’art de la glissade et de l’évitement recouvré…

Tous excellent, tous se jouent des vers et des scansions élégamment, tous sans exception.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

A de Arman

Chronique « Le mardi où Morty est mort »

 

Le mardi où Morty est mort

 

Le mardi où Morty est mort

 

Il y a toujours dans notre vie, un jour où tout bascule. Où tout pourrait nous y inciter. Si on le voulait, si on se laissait aller. Il y a toujours un jour où on a notre chance au bout des poignets.

Il y a le plus souvent, une succession de jours semblables en tous points aux précédents et aux prochains. Alors se situer au juste lieu. Saisir sa chance. Aller voir. Aller vers. La tête à l’envers. Puisque tout peut se relire d’une autre manière, une fois qu’on a fini le parcours.

Il y a les insatisfaits qui regretteront toujours ce qu’ils ont fait, quel que soit le chemin emprunté. Il y a les indécis qui squattent un présent sans horizon au risque de s’y enterrer. Il y a les exaltées qui, par une suite d’élans irraisonnés, tracent parfois plus avant leur destinée.

Il y a ceux qui se réveillent juste avant de clamser. Figures tragiques qui ont vu trop brièvement leur aurore et la cherchent encore entre les rangs de leurs frères Maccabées. Elle revêt ici la figure d’un chien.

Oui, il y a aussi le chien Morty. Vie pépère. Truffe à l’air. Chercheur de riens. Passeur de vie. Morty qui, par sa fugue et sa tendresse, bouleverse ce jeu d’échecs en série.

Mais y a-t-il seulement des vies réussies ?

La question flotte entre deux tableaux, entre deux fous rires, deux expresso.

 

Portraits décalés. Ironie mordante. Mots sans âmes qui ventriloquent, rebondissent sans se répondre comme autant de balles de ping-pong sur les pierres de la Grande Muraille. Chacun dans sa cage de chair défend sa marchandise pas chère. Sa petite musique pas fière, sa petite misère dissimulée sous les fards, les cafés noirs, les ostensoirs. Les études obligatoires.

 

Voyage, voyage en absurdie ?

Oui, certes, toute la mise en scène (Ah ! la succession des matins et des nuits, Ah ! la balade du chien Morty !) nous y convie… mais cette sardonique sorcière ne se surgit-elle pas aussi en plein cœur de nos vies alignées en rangs serrés, si bien calibrées ?

Trop bien…

 

Entre hier et demain, se situe un espace où tout peut exploser.

Cette pièce comme un coup de fusil qui aimerait nous réveiller… Le temps d’une soirée. Voir un peu plus loin. Au nombre de rires allumés comme autant de bougies dans la nuit, ce soir, c’était pari gagné !

Rien de tel que le comique défroqué (excellent Julien Bonnet !) pour nous faire cogiter sans avoir l’air de rien.

 

 

Clap, clap pour Valérie Vivier qui doit en pincer pour Clooney. Clap, clap pour Laetitia le Mesle, Thomas Gornet, Maxime Dubreuil, fracasiens et fracasiennes   venus de la belle Auvergne nous faire découvrir ce jeune auteur suédois, Ramus Lindberg, du talent plein la cervelle. Clap clap à François Rancillac pour avoir mis sa patte dans la patte de Morty pour ce spectacle époustouflant !

 

Camille

 

 

 

Vaterland

Vaterland

VATERLAND       Chronique  du 2 Mars 2014

Vaterland, ça sonne comme un son de guitare oubliée. Comme la langue allemande en mode moderato cantabile.

Vaterland, c’est la recherche d’un père derrière les écrans de fumée de la mémoire. C’est l’histoire de toutes les pièces du puzzle, celle de tous les associés de hasard aux destins irrémédiablement liés : fils, père, mère, frère… Une quête d’identité qui se répercute à chaque étage de palier de la vie des susnommés.

Vaterland, c’est la guerre qui joue avec les hommes et leur destinée.

Vaterland, c’est le regard déchiré d’une amoureuse qui s’abime dans l’attente. C’est un frère en trajectoire intermédiaire, toujours décalé. C’est un fils à la poursuite d’une assise, d’un socle solide sous ses pieds. C’est un père dédoublé.

Vaterland, c’est une suite de gestes enchainés en toute délicatesse : fleur tendue, nichée au creux de la poitrine, ramassée sur le bitume, manteau placé sur des épaules frémissantes, tête de mère posée doucement sur genoux d’enfant qui lisse les pensées sur le front tourmenté. Abandon… Inversion de protection… Attention… Générosité qui nous transperce.

Silence dans les travées. Gestes comme autant de relais entre les personnages, véritables liants de la pièce, qui devient presque une valse, aidée en cela par le son de la guitare électrique, si vaporeux parfois, et des voix en accord parfait. Juste là pour se souligner l’une l’autre, d’un trait subtil et léger… Se superposer sans se nuire… Voile d’irréalité.

Et si, au-delà de tout, de soulever le manteau de la grande histoire, de revisiter la quête impossible qui nous mène inéluctablement vers nos propres abîmes, cette pièce finement écrite, superbement interprétée, permettait de faire un pas de côté en soulignant un pressentiment tout au long distillée par la mise en scène : et si le véritable lien entre êtres humains résidait dans cette tendresse attentive, douce, subtile, sûre de son fait ? D’autant plus forte qu’elle se déroule sans effusion.

Que dire d’autre de cette féérie sinon que l’on reste bouche bée devant les prodiges de finesse et d’élégance dévoilés ici?

Allez-y vite!

Jusqu’au 16 Mars 2014

Camille

Vaterland est au théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes

D’après un texte de JP Wenzel

Admirablement interprété par Nathan Gabily, Cécile Gérard, Martin Kipfer et Maxime Le Gall

Et mis en scène par Cécile Backès